Tenmoku

Le tenmoku (天目, également orthographié "temmoku" ou "temoku") renvoie à deux choses distinctes :
- un style de poterie qui trouve son origine dans l'imitation des céramiques Jian (en) (建盏) de la dynastie Song du Sud (1127–1279)[1]
- un type de glaçure, le tenmokuyū (天目釉), reconnaissable par son style sombre et brillant et parfait exemple de higawari
Les maîtres de thé ayant développé la cérémonie du thé japonaise ont promu l'esthétique sous-jacente à la poterie tenmoku.
Description
[modifier | modifier le code]Concernant le style tenmoku, les bols à thé ont typiquement une forme conique avec une légère indentation sous le rebord. Ils mesurent environ 4 à 5 pouces (10 à 12 cm) de largeur et 2 à 3,5 pouces (5 à 8 cm) de hauteur[2].
Concernant la glaçure tenmoku, l'accent est mis sur la glaçure céramique, qui peut produire une variété d'effets distincts, certains incluant un élément de hasard qui exerce une fascination philosophique pour les Japonais.
Histoire
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Le tenmoku tire son nom du temple de la montagne Tianmu (en) (天目, mandarin : tiān mù ; japonais : 天目) en Chine, où des bols à glaçure ferreuse étaient utilisés pour le thé[3]. Ce style devint très populaire durant la dynastie Song. En chinois, il est appelé Jian Zhan (建盏)[4], ce qui signifie "bol (à thé) de Jian"[5],[6].
Selon des chroniques de 1406, l'empereur Yongle (1360–1424) de la dynastie Ming envoya dix bols en poterie Jian au shōgun Ashikaga Yoshimitsu (1358–1408), qui régnait durant l'époque de Muromachi. Plusieurs moines japonais ayant voyagé dans des monastères en Chine ramenèrent également des pièces dans leur pays[7]. Ces bols, devenus précieux pour les cérémonies du thé, furent importés en plus grand nombre depuis la Chine, où ils étaient considérés comme des biens de grande valeur. Trois de ces bols de la dynastie Song du Sud sont aujourd'hui si prisés qu'ils figurent sur la liste des Trésors Nationaux du Japon (catégorie : artisanat divers)[5].
Ce style fut ensuite produit au Japon, où il perdure encore aujourd'hui. Le terme japonais tenmoku a progressivement remplacé le terme chinois d'origine pour désigner ce type de poterie. Parmi les fours les plus renommés produisant du tenmoku, on trouve ceux de la céramique de Seto.
La glaçure est encore produite au Japon par un cercle très restreint d'artistes, parmi lesquels Kamada Kōji (鎌田幸二)[8],[9],[10],[11]. D'autres artistes notables incluent Nagae Sōkichi (長江惣吉),[12] Hayashi Kyōsuke (林恭助)[13],[14], et Oketani Yasushi (桶谷寧)[15],[16],[17]. Dans les années 1990, un regain d'intérêt pour la poterie Jian en Chine a permis à des maîtres comme Xiong Zhonggui, dans le village de Shuiji, dans le Fujian, de relancer la production de Jian Zhan en utilisant les matières premières d'origine[18],[19].
Caractéristiques
[modifier | modifier le code]Elle est composée de feldspath, de calcaire et d'oxyde de fer. Plus une pièce est refroidie rapidement, plus la glaçure sera noire.
Les tenmoku sont connus pour leur grande variabilité. Pendant les phases de chauffage et de refroidissement, plusieurs facteurs influencent la formation de cristaux de fer dans la glaçure. Un processus de cuisson prolongé et une argile fortement colorée par le fer augmentent les chances que le fer contenu dans l'argile migre vers la glaçure. Lorsque la glaçure est en fusion, le fer peut migrer à l'intérieur de celle-ci pour former des cristaux en surface, comme dans le cas de la glaçure "taches d'huile", ou rester en solution plus profondément dans la glaçure, produisant ainsi une couleur riche et brillante. Les taches d'huile sont plus fréquentes lors d'une cuisson en atmosphère oxydante[20].
Un temps de refroidissement plus long permet la formation maximale de cristaux en surface. Les potiers peuvent ralentir la cuisson d’un four pour obtenir cet effet. Lors d'une cuisson normale, le four est lentement amené à une température maximale en ajoutant du combustible, puis le combustible est arrêté et le four refroidit lentement en perdant sa chaleur dans l'air ambiant. Pour ralentir la cuisson d’un four, le potier continue à ajouter une quantité limitée de combustible après avoir atteint la température maximale, afin de ralentir le processus de refroidissement et de maintenir les glaçures en fusion le plus longtemps possible.
Variantes
[modifier | modifier le code]Les glaçures tenmoku peuvent varier en couleur, allant du prune foncé (kaki), au jaune, au brun, jusqu'au noir.
Les types de glaçures les plus courants sont les suivants[5] :
- Yōhen (曜変天目)
- Yuteki (油滴天目, "taches d'huile")
- Haikatsugi (灰被天目, "recouvert de cendres")
- Nogime (禾目天目, "motif de grain")
- Konoha (木葉天目, "feuille d'arbre")
- Moji (文字天目, "caractères")
- Ran (鸞天目, "phénix")
Yōhen Tenmoku (曜変天目)
[modifier | modifier le code]Le Yōhen Tenmoku (« Tenmoku à transformation au feu ») désigne les glaçures Tenmoku dont l'aspect résulte de variations intervenues au cours de la cuisson. Selon Herbert Sanders, l'ensemble des Tenmoku présentant de tels effets est regroupé sous cette appellation, également traduite par « Tenmoku de cuisson variable ».
Ces glaçures sont caractérisées par des cristallisations, des irisations ou des mouchetures produites par les conditions de cuisson plutôt que par une composition différente de la glaçure[21].
Yuteki Tenmoku (油滴天目)
[modifier | modifier le code]Le Yuteki Tenmoku (« Tenmoku à taches d'huile ») est une variété de Yōhen Tenmoku caractérisée par des mouchetures circulaires rappelant des gouttelettes d'huile[22].
Nogime (ou Kinsai) Tenmoku (禾目天目)
[modifier | modifier le code]Le Nogime Tenmoku (« fourrure de lièvre ») présente des traînées allongées brun clair ou argentées résultant de l'écoulement de la glaçure pendant la cuisson[22].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Jian ware - Chinese stoneware », sur Britannica.com (consulté le )
- ↑ Chinese Glazes by Nigel Wood, page 147
- ↑ « Tenmoku Teabowls - 京都国立博物館 - Kyoto National Museum » [archive du ], sur Kyohaku.go.jp (consulté le )
- ↑ N K Koh, « Jian Temmoku bowls (Jian Zhan) » [archive du ], sur Koh-antique.com (consulté le )
- 1 2 3 « Tenmoku Menu - EY Net Japanese Pottery Primer », sur E-yakimono.net (consulté le )
- ↑ Jan-Erik Nilsson, « Chinese Porcelain Glossary: Temmoku », sur Gotheborg.com (consulté le )
- ↑ « Tea Drinking and Ceramic Tea Bowls - China Heritage Quarterly », sur Chinaheritagequarterly.org (consulté le )
- ↑ « Japanese Pottery - Artist Profile Kamada Koji », sur E-yakimono.net (consulté le )
- ↑ « 京焼・清水焼作家 鎌田幸二 - ギャラリー洛中洛外 », sur Rakuchu-rakugai.jp (consulté le )
- ↑ « 展覧会 - 株式会社 アトリエ ヒロ », sur At-hiro.jp (consulté le )
- ↑ « 鎌田幸二展 TENMOKU - 六々堂 - 京都・麩屋町二条 », sur Rokurokudo.jp (consulté le )
- ↑ « 9代長江惣吉さんが個展 「曜変天目」の最先端 », sur Chunichi.co.jp (consulté le )
- ↑ « Pottery Reveals China and Japan's Shared Heritage » [archive du ], sur English.cri.cn (consulté le )
- ↑ « 社団法人美濃陶芸協会 », sur Mino-tougeikyoukai.org (consulté le )
- ↑ « 曜変天目-銀座 黒田陶苑ー » [archive du ], YouTube, (consulté le )
- ↑ « 桶谷 寧 陶芸展 - 銀座 黒田陶苑 », sur Kurodatouen.com (consulté le )
- ↑ « 燿変天目茶碗 - ショップ - ギャラリー器館 », sur G-utsuwakan.vom (consulté le )
- ↑ « 中日仿曜变天目的陶艺家 - 鉴藏家 - 环球艺术汇 », sur Gg-art.com (consulté le )
- ↑ « 让全世界疯狂的建盏,究竟有什么魅力?-建盏君 », sur Jianzhanjun.com (consulté le )
- ↑ Ceramics Monthly, "Oil Spot and Hare’s Fur Glazes: Demystifying Classic Ceramic Glazes", John Britt, April 13, 2011.
- ↑ Dr Herbert H. SANDERS et Kenkichi TOMIMOTO, Connaître et réaliser la céramique [« The World of Japanese Ceramics »], vol. 1, Japon, Office du Livre Dessain et Tolra, , 251 p., p. 189
- 1 2 Dr Herbert H. SANDERS et Kenkichi TOMIMOTO, Connaître et réaliser la céramique [« The World of Japanese Ceramics »], vol. 1, Japon, Office du Livre Dessain et Tolra, , 251 p.
