Regina Bruce
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Regina Bruce, née le à Elberfeld, au nord-est de l'Allemagne actuelle, et morte le à Lomé, est une éducatrice germano-togolaise. Elle dirige un pensionnat de jeunes filles à Lomé dans les années 1920 et devient ensuite présidente de la Croix-Rouge togolaise.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines familiales
[modifier | modifier le code]Regina Bruce naît le à Elberfeld, aujourd'hui intégré à la ville de Wuppertal. Son père, John Calvert Nayo Bruce, est né le à Klein Popo, au Togo. Fils du roi Amuzu Djaglidjagli, il appartient au peuple éwé. Il fréquente l'école de la Mission de Brême et travaille comme interprète pour l'administration coloniale allemande[1].
En 1896, John Calvert Nayo Bruce reçoit une proposition pour participer comme artiste à l'Exposition coloniale de Berlin, organisée à Berlin. Il arrive en Allemagne le [2]. En 1898, il fonde sa propre « troupe du Togo » et parcourt l'Europe pendant plusieurs années avec une quarantaine de compatriotes. La troupe présente des spectacles de chant et de danse portant des titres tels que Marché aux esclaves, Attaque des Bushmen et Une nuit au Togo[3]. Ses épouses et ses enfants accompagnent également la troupe ; bien que baptisé protestant, Nayo Bruce conserve la pratique matrimoniale de son pays d'origine et vit avec plusieurs épouses[1].
En 1900, la troupe se produit à Elberfeld, au théâtre Eden, devenu par la suite le Théâtre Rex (de). Regina Bruce naît pendant ce séjour. Sa mère est Dassi Creppy. L'acte de naissance indique : « Mère : Dahi Bruce, née Confert », déclaration signée par la sage-femme Caroline Schöpp[2].
Formation
[modifier | modifier le code]En 1904, lorsque la troupe se trouve à Warnemünde, sur la mer Baltique près de Rostock, la Mission de Brême facilite la mise en relation des enfants avec la famille du baron George von Fircks, issue d'une ancienne famille noble balte. Regina Bruce et son demi-frère Pietro sont alors accueillis par la famille von Fircks, qui leur assure une éducation. Les enfants vivent une partie de l'année dans la propriété familiale située à Riga[1].
Le séjour chez les von Fircks devait initialement être temporaire, le temps de leur formation, mais Regina Bruce y reste jusqu'à sa majorité. Elle fréquente une école de filles et se forme auprès de diaconesses. Vers l'âge de vingt ans, elle prend, avec son amie Hanna, la direction du foyer protestant pour enfants Sonnenschein, situé à Groß-Borstel, près de Hambourg[1].
Direction d'un pensionnat à Lomé
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En 1926, la Mission de Brême décide d'envoyer Regina Bruce au Togo pour diriger un pensionnat de jeunes filles à Lomé. Cette mission est difficile, car elle ne connaît pas le pays et ne parle ni l'éwé, langue locale, ni le français, devenu la langue administrative après le passage du Togo français sous mandat puis administration française après la Première Guerre mondiale[1].
La Mission de Brême n'ayant pas formé d'enseignants africains sur place, elle confie à Regina Bruce la responsabilité d'enseigner à environ quatre-vingt-dix élèves et de s'occuper d'une cinquantaine d'enfants d'âge préscolaire. Elle est accompagnée par sa demi-sœur Anni et par sa sœur Lisa Bruce, qui ont grandi à Düsseldorf dans un foyer chrétien pour enfants géré par la fondation Graf Recke (de)[1].
Les trois sœurs suivent un cours intensif de français et apprennent l'éwé. Leur maîtrise initiale de cette langue reste toutefois limitée, ce qui rend leur installation à Lomé difficile. Selon les témoignages recueillis, elles souffrent du mal du pays et souhaitent dans un premier temps retourner en Allemagne[2].
Mariage et famille
[modifier | modifier le code]Regina Bruce reçoit le soutien de Jonathan Savi de Tové, avec lequel elle noue une relation. Elle tombe enceinte de lui, ce qui met fin à son engagement auprès de la mission, car Savi de Tové est alors déjà marié et père de trois enfants. Il divorce ensuite et épouse Regina Bruce. Leur fille Fernanda naît le à Keta, suivie de quatre autres enfants. Leur plus jeune fils, Jean-Lucien Savi de Tové, né en 1939, devient homme politique et occupe la fonction de ministre du Commerce et de l'Artisanat du Togo de 2005 à 2007[1].
Jonathan Savi de Tové reprend d'abord l'imprimerie de son père, qui publie le journal du futur mouvement d'indépendance togolais. De 1947 à 1953, il représente les intérêts du peuple togolais à l'Assemblée de l'Union française. Cofondateur et secrétaire général du Comité de l'unité togolaise, il joue un rôle important dans le mouvement qui conduit à l'indépendance du Togo en 1960. Il devient ensuite président du Parlement, puis représentant de son pays à Bonn. Après le coup d'État de 1963, il obtient l'asile à Bonn et enseigne l'éwé à l'université de Cologne. La famille s'installe alors à Cologne, dans le quartier d'Ehrenfeld[2].
Engagement caritatif
[modifier | modifier le code]Regina Bruce s'engage auprès de la Croix-Rouge togolaise, dont elle devient présidente. À ce titre, elle se rend régulièrement au Togo. Lors de la visite du président allemand Heinrich Lübke et de son épouse Wilhelmine Lübke à Lomé en mars 1966, elle figure parmi les invités d'honneur en tant que présidente de la Croix-Rouge togolaise[2].
En 1968, lorsque la situation politique se stabilise, Regina Bruce et Jonathan Savi de Tové retournent au Togo. Jonathan Savi de Tové meurt à Lomé en 1971. Regina Bruce poursuit ses activités caritatives et reçoit régulièrement des visiteurs européens. Elle vit ensuite avec sa fille Isabelle et son gendre Dennis, gynécologue exerçant en cabinet privé[2].
En 1977, l'écrivain Hermann Schulz (de) rencontre Regina Bruce à Lomé. Elle lui raconte son parcours, qui sert ensuite de base au roman Thérèse : la fille qui jouait avec les crocodiles, dont le personnage principal est inspiré de sa vie[2].
Regina Bruce meurt le à Lomé[1].
Hommages
[modifier | modifier le code]Dans le cadre du projet FrauenOrte NRW (de), une plaque commémorative est dédiée à Regina Bruce au théâtre Rex (de) de Wuppertal le [4].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Regina Bruce » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (de) Karin Feuerstein-Praßer, « Regina Bruce », sur Kölner Frauen*Stadtplan, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (de) Eva Waldschütz et Hermann Schulz, « Bruce, Regina », sur Wupperfrauen, (consulté le )
- ↑ (de) Rea Brändle, « Zwei Afrikaner aus Warnemünde » [archive du ], sur Der Freitag, (consulté le )
- ↑ (de) « Meilenstein für eine inklusive Erinnerungskultur: Regina Bruce wird als erster schwarzer Frau ein FrauenOrt gewidmet », sur Wuppertal.de, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Rea Brändle, Nayo Bruce. Geschichte einer afrikanischen Familie in Europa, Zurich, Chronos, 2007 (ISBN 978-3-0340-0868-6).
- Hermann Schulz (de), Thérèse : la fille qui jouait avec les crocodiles, Munich, Deutscher Taschenbuch-Verlag, 2021 (ISBN 978-3-423-64086-2) ; livre électronique (ISBN 978-3-423-43966-4).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- (de) « Regina Bruce », sur FrauenOrte NRW
