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Nikolaï Ivanovitch Lobatchevski

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Nikolaï Ivanovitch Lobatchevski
BERJAYA
Portrait de Lobatchevski, peint par Lev Dmitrievich Kryukov en 1839.
Fonction
Recteur
Université impériale de Kazan (d)
-
Ivan Mikhaïlovitch Simonov (en)
Biographie
Naissance
Décès
(à 63 ans)
Kazan
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Николай Иванович ЛобачевскийVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Николай Иванович ЛобачевскийVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Rectorat, Universitat de Kazan (d) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Université impériale de Kazan (d) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Conjoint
Varvara Alexeyevna Moiseyeva (d) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Université impériale de Kazan (d) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Maître
Directeurs de thèse
Johann Christian Martin Bartels (en), Stepan RoumovskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Liste détaillée
Prononciation
Œuvres principales
Géométrie hyperbolique, Test of Lobachevsky (d), Graeffe's method (d), Formule intégrale de LobachevskiVoir et modifier les données sur Wikidata
signature de Nikolaï Ivanovitch Lobatchevski
Signature.
BERJAYA
Plaque commémorative.

Nikolaï Ivanovitch Lobatchevski (en russe : Николай Иванович Лобачевский), né le à Nijni Novgorod et mort le à Kazan[n 1], est un mathématicien russe, inventeur d'une géométrie non euclidienne. Son nom a été donné à l'université d'État de Nijni Novgorod.

Nikolaï Ivanovitch Lobatchevski est né dans la ville russe de Nijni Novgorod au sein d'une famille modeste. Son père, Ivan Maximovitch Lobatchevski, travaille dans une petite agence qui s'occupe de l'inspection de terres, et sa mère, Praskovia Alexandrovna, est une femme intelligente et très préoccupée par l'éducation de ses enfants. Son père meurt quand il a sept ans (1800) et, cette même année, la famille déménage à Kazan, une ville[n 2] qui est également un centre administratif important de la Russie. Le niveau culturel de ses habitants étant plutôt faible, le régime tsariste fonde des établissements éducatifs dans le but d'inculquer aux populations musulmane et païenne les enseignements orthodoxes. C'est surtout le Gymnasium de Kazan (école d'enseignement secondaire) qui décide la veuve Praskovia Alexandrovna à emménager dans cette ville avec ses trois enfants afin qu'ils reçoivent la meilleure éducation possible. Le Gymnasium impérial ouvert en 1798 est doté d'une excellente bibliothèque, son programme scolaire très ambitieux compte les matières suivantes : langues (latin, français, allemand, tatar), logique, philosophie pratique, géométrie, trigonométrie, hydraulique, mécanique, physique, chimie, histoire naturelle, architecture civile, mesures agricoles, droit politique, artillerie, tactique, art des fortifications, dessin, escrime et danse. Ces enseignements répondent aux besoins des classes privilégiées qui souhaitent préparer leurs enfants à des carrières de militaires et de fonctionnaires. En , on fait passer aux trois frères Lobatchevski  Nikolaï, Alexis et Alexandre  des tests de connaissances très exigeants et des examens d'entrée d'une grande difficulté dont ils viennent brillamment à bout. La famille n'a pas les moyens de payer les frais de scolarité des trois enfants, mais ceux-ci bénéficient de bourses accordées par les autorités. Dans l'atmosphère austère du gymnasium, Nikolaï Lobatchevski fait la connaissance d'un jeune professeur de mathématiques, Grigori Ivanovitch Kartatchevski, adepte des ouvrages des plus célèbres mathématiciens de l'époque, et tout particulièrement du livre Éléments de géométrie du Français Adrien-Marie Legendre, publié en 1794. Au cours de l'été 1807, Lobatchevski termine ses études au Gymnasium et intègre l'université de Kazan avec un dossier scolaire remarquable. À l'âge de quinze ans, il est déjà capable de lire des publications scientifiques en français, en allemand et en latin. Et si, dans un premier temps, il a l'intention de se diriger vers des études de médecine, il change rapidement d'orientation pour s'attaquer à l'étude des mathématiques[3].

Étudiant à l'université de Kazan

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Le mathématicien et astronome Stepán Roumovski est nommé au poste de protecteur du district de formation de Kazan. La venue de célèbres professeurs étrangers au sein de l'équipe pédagogique est à mettre à son crédit. Parmi ceux-ci, on peut citer l'Allemand Martin Bartels, mathématicien de premier plan et excellent pédagogue. Bartels connaissait personnellement le célèbre mathématicien et physicien allemand Carl Friedrich Gauss, qu'il avait croisé à l'université allemande de Göttingen. Il passe douze ans à l'université de Kazan, au cours desquels il enseigne différentes disciplines telles que l'analyse, la géométrie et la mécanique analytique. Il supervise également la mise en place de cours spéciaux pour les étudiants les plus doués, parmi lesquels se trouve Lobatchevski. Son texte de référence est le Traité du calcul différentiel et du calcul intégral, composé de trois volumes écrits entre 1797 et 1800 par Sylvestre-François Lacroix. De plus, Bartels est un fidèle partisan des livres de Leonhard Euler et du Traité de trigonométrie rectiligne et sphérique de l'Italien Antonio Cagnoli. Dans le cadre des cours spéciaux, auxquels Lobatchevski assiste assidûment, Bartels se consacre à l'histoire des mathématiques et s'appuie pour ce faire sur l'Histoire des mathématiques (1754), un texte très célèbre à l'époque, écrit par le mathématicien français Jean-Étienne Montucla, qui y aborde en détail les Éléments d'Euclide et son fameux cinquième postulat. En plus de Bartels, l'université engage en 1810 Joseph Johann Littrow, professeur d'université en mathématiques et en astronomie à l'université de Cracovie, pour qu'il enseigne l'astronomie[n 3].

Nikolaï Lobatchevski entre à l'université de Kazan à l'âge de quinze ans, et il termine sa formation quatre ans plus tard, après avoir validé un grand nombre de matières : histoire antique, grec, latin, littérature russe, philosophie, histoire russe, géographie, statistique, arithmétique, algèbre, géométrie classique, géométrie analytique, calcul différentiel, calcul intégral, calcul des variations, mécanique, mécanique statique, statique des fluides, droit, physique, chimie, astronomie, aérostatique, histoire naturelle. Au contact de Bartels, il se découvre une grande passion pour les mathématiques. En 1811, il achève ses études avec d'excellentes notes dans la plupart des matières, et il sort de l'université diplômé en physique et en mathématiques. Il a aussi reçu une riche formation en astronomie[5],[6].

Professeur à l'université de Kazan

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L'empereur Alexandre Ier se méfie de l’influence exercée par la Révolution française sur les intellectuels et les considère comme une menace pour la religion orthodoxe. À cette période, Nikolaï Lobatchevski est soupçonné d'avoir participé à de nombreuses révoltes étudiantes, c'est pourquoi il est soumis à un examen de conduite qui lui cause de nombreux problèmes[n 4]. Mais l'université ne peut se permettre de perdre un étudiant aussi talentueux. Durant une réunion du Conseil, qui doit décider d'engager de nouveaux enseignants, les professeurs allemands, et Bartels en particulier, proposent Lobatchevski au poste de maître sous condition de promettre de modifier son comportement. Le , il est confirmé au poste de maître. Au cours de ses premières années d'exercice, l'influence du professeur Bartels est cruciale. Il initie le jeune enseignant aux grandes œuvres du XVIIIe siècle  dont le Traité de mécanique céleste (1799) de Laplace  et contemporaines, dont Disquisitiones arithméticae de Gauss. Lobatchevski est chargé du tutorat des élèves faibles en mathématiques et de l'instruction scientifique des fonctionnaires de différentes administrations. En 1812, le protecteur Roumovski meurt et son successeur Mikhaïl Saltykov s'attache à organiser des facultés avec de nouveaux programmes d'études, et à accorder une plus grande autonomie à l'université en séparant son Conseil de celui du Gymnasium. Ces changements donnent naissance à un véritable centre d'enseignement supérieur, où Lobatchevski est nommé professeur adjoint de physique et de mathématiques (en 1814). Cette même année, le professeur Bartels est élu doyen de la faculté de physique et mathématiques. En , Lobatchevski, alors âgé de vingt-quatre ans seulement, est proposé par Bartels pour accéder au rang de professeur extraordinaire. Il est intéressant de se pencher sur ses notes de géométrie élémentaire correspondant à l'année académique 1816-1817 ; elles montrent incontestablement qu'il réfléchit déjà au problème de la démonstration du cinquième postulat euclidien sur les droites parallèles, en s'appuyant sur les quatre autres postulats. En suivant le modèle des recherches de Legendre, il construit d'abord une géométrie absolue dont les théorèmes sont indépendants du cinquième postulat. À cette époque, il essaie encore de démontrer le cinquième postulat comme conséquence des quatre autres[8].

Années difficiles pour l'université

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La fondation de la Sainte-Alliance et la nomination du prince Galitzine au poste de ministre de l'Éducation  dans le but de préserver l'ordre traditionnel  a pour conséquence d'entraver la vie intellectuelle dans l'Empire russe. En 1819, un membre de la direction des écoles de Russie, Magnitski, procède à une inspection et renvoie neuf professeurs, provoquant une vague de panique générale dans le corps enseignant. Et comme cela ne suffit pas, les étudiants sont soumis à un régime disciplinaire sévère. Avec ce nouveau protecteur, tous les professeurs se sentent observés voire persécutés. Mais Magnitski pense que « au sein de la faculté de physique et mathématiques, la section mathématiques mérite un intérêt particulier en raison de la valeur de ses professeurs. J'affirme que c'est la seule faculté bien organisée et offrant un enseignement de très bonne qualité [...] De l'avis général, le professeur Lobatchevski dispose d'excellentes connaissances ». Face à la tournure que prennent les événements, Bartels accepte une proposition pour donner des cours à l'université allemande de Dorpat, dans le gouvernement d'Estland. Ainsi, la faculté de physique et mathématiques commence peu à peu à perdre ses cerveaux. Magnitski propose à Lobatchevski la chaire de physique et astronomie pour remplir le vide laissé par Littrow, parti en 1816, et le professeur Nikolski se voit offrir la chaire de mathématiques. Avec le départ de Bartels, le poste de doyen de la faculté de physique et mathématiques se trouve vacant, et c'est à l'unanimité que Lobatchevski est choisi pour y être proposé et devient la clé de voûte de sa faculté.

Simultanément, sa valeur est également reconnue dans d'autres secteurs : il est demandé pour la plupart des projets, dans l'enseignement et dans l'administratif. Il est chargé d'organiser l'énorme bibliothèque centrale de l'université, il est nommé membre du comité de construction des bâtiments universitaires, il organise le laboratoire de physique et l'achat de nouveau matériel, il participe au projet de construction d'un observatoire astronomique, il est nommé rédacteur d'une revue universitaire Mémoires de l'université de Kazan, et prend part au comité chargé de la direction et du contrôle de l'activité enseignante dans tous les centres éducatifs du district de Kazan. Le fait le plus remarquable est qu'il continue d'étudier, de mener des recherches, d'écrire, de dispenser des cours etc. et est tout de même capable de créer les fondements de sa remarquable géométrie non-euclidienne[9].

Premières recherches en géométrie

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Afin que l'université de Kazan dispose de ses propres textes de référence, le protecteur Magnitski encourage les enseignants qui travaillent dans l'institution à écrire et publier une série de manuels. Le cours de géométrie proposé en 1823 par Lobatchevski est refusé par Nicolas Fuss, alors secrétaire permanent de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg[n 5]. Pour Lobatchevski, le système d'Euclide n'est pas un modèle à imiter, il essaie d'asseoir les fondements de sa géométrie sur de nouveaux principes dans le but d'améliorer les Éléments. Dans cette soif de profondeur, il faut citer les influences de d'Alembert[n 6]et Adrien-Marie Legendre[n 7],[13].

Après l'insurrection décabriste de 1825, le protecteur Magnitski est relevé de ses fonctions et le recteur Fuchs révoqué. Lobatchevski présente sa candidature et est élu par ses camarades au poste de recteur le . Sous son rectorat, l’université devient florissante : il s'attache à réduire les tensions entre les professeurs, à améliorer l'ambiance parmi les étudiants, à enrichir le fonds de la bibliothèque, à construire des laboratoires de physique, chimie et anatomie, un nouvel observatoire astronomique, une imprimerie moderne et une station magnétique[n 8]. Il crée une section de langues orientales au sein de l'école orientaliste de Kazan. Malgré ses lourdes tâches administratives, il enseigne de nombreuses branches mathématiques et physiques, trouve le temps de faire des conférences pour un large public et poursuit ses travaux originaux en géométrie et en algèbre[15].

En 1845, Lobatchevski est réélu, une fois encore, au poste de recteur de l'université de Kazan. Le protecteur du district étant muté à Saint-Pétersbourg, le poste lui incombe par intérim. Ainsi, il coiffe le chapeau de protecteur, celui de recteur et celui de professeur. Son intense vie universitaire prend fin en 1846, après trente années de professorat[n 9]. À cinquante-trois ans, il devient professeur émérite et le Sénat le propose comme assistant du nouveau protecteur, lui refusant sciemment le poste de protecteur qu'il convoitait pour satisfaire son besoin d'entreprendre. Les tendances insurrectionnelles qui bourgeonnent dans le milieu universitaire inquiètent le pouvoir, qui l'écarte progressivement des responsabilités éducatives du protectorat et ne fait appel à lui qu'en cas de conflit et de désordre, auxquels il apporte toujours une solution grâce à son aura[17].

Vie privée et mort

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BERJAYA
Sépulture familiale.

Au cours de sa vie d'étudiant, Lobatchevski vit dans une certaine précarité matérielle, mais une fois nommé professeur, sa vie est plus confortable. En 1832  peu de temps avant son quarantième anniversaire  il épouse Varvara A. Moïsseïeva, une femme issue d'une famille aisée de Kazan, ce qui permet au couple de vivre confortablement. Certains historiens pensent qu'ils eurent sept enfants  quatre garçons et trois filles , dont certains morts peu après la naissance et les survivants de santé délicate. Lorsqu'il quitte l'université en tant que recteur, son traitement s'en trouve diminué et la famille doit quitter l'appartement de fonction. Pour couronner le tout, sa femme tombe gravement malade ; peu après, le fils aîné du couple  qui est également le préféré du père  est emporté par la tuberculose. Cette série de malheurs, ajoutés au fait que l'ancien recteur est en train de perdre la vue, pèsent sur sa santé, qui se détériore rapidement. Tout cela coïncide avec le décès de plusieurs de ses enfants, la saisie de quelques biens qu'il possède dans les environs de Kazan, et l'apparition d'une sclérose précoce. Il meurt le à Kazan[18] et est enterré au cimetière Arskoïe.

Géométrie de Lobatchevski

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Grâce aux Mémoires de l'université de Kazan, il a l'occasion d'expliquer les procédés et calculs qu'il a réalisés. Après plusieurs publications en russe, Lobatchevski publie en français en 1837[19] l'article Géométrie imaginaire dans lequel il présente une géométrie non euclidienne, appelée géométrie hyperbolique, avec comme point de départ non pas une axiomatique, mais un ensemble de formules trigonométriques dans lesquelles le rayon de la sphère est un nombre imaginaire[n 10]. Il applique ensuite cette géométrie à des calculs d'intégrales définies pour déterminer le volume de certains corps solides[6].

Tout au long de la décennie 1830-1840, il cumule ses immenses obligations administratives avec ses recherches sur la fameuse « géométrie imaginaire ». En 1840, est imprimé à Berlin, son ouvrage en allemand Untersuchungen zur theorie der parallellinien[n 11], trente-sept propositions qui permettent à la communauté mathématique de découvrir ses idées révolutionnaires dans le domaine de la géométrie. À la fin de la 37e proposition, Lobatchevski commente que la géométrie ordinaire est un cas particulier (limite) de la géométrie imaginaire[21].

Durant toute sa carrière, Lobatchevski publie de nombreux textes sur la géométrie non euclidienne, en russe, en français, en allemand mais il n'a été reconnu que très tardivement lorsque fut publiée la correspondance entre Carl Friedrich Gauss et Heinrich Christian Schumacher dans laquelle Gauss dit le plus grand bien de Lobatchevski[6]. De son vivant, Lobatchevski devancera János Bolyai sur les principes de la géométrie non euclidienne (1829) ainsi que Gauss qui, lui, ne publiera pas ses résultats.

Une des œuvres majeures de Lobatchevski est La Pangéométrie où, en quelque sorte, il fait un bilan de toutes ses découvertes. Une nouvelle édition de ce livre, avec notes et commentaires, a été publiée en 2010 par la Société mathématique européenne.

Œuvres non géométriques de Lobatchevski

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Le travail de Lobatchevski sur des sujets sans relation directe avec la géométrie est également profond et intéressant. Des œuvres en naissent : Sur l'origine et la propagation du son dans l'air (1823) et Sur la résonance ou la vibration réciproque des colonnes d'air (1828), publiés en russe, Sur la température moyenne de l'air et du sol dans certains endroits de la Russie orientale (1829). Cinq ans plus tard, il écrit un livre d'une grande importance, L'Algèbre ou le calcul des finaux (1834), qui lui crée une bonne réputation. Cette même année, il fait connaître ses réflexions sur un cas particulier des équations binomiales à travers un travail intitulé « Réduction du degré de l'équation binomiale lorsque l'exposant moins un est divisible par 8 » (1834). Un texte qui est, sans aucun doute, à la hauteur des grands livres sur l'algèbre qui existaient à l'époque : Algèbre de Leonhard Euler et Cours d'analyse algébrique de Cauchy. Mais il écrit : « La solution générale d'équations de degrés supérieurs à quatre n'a pas encore été trouvée », ce qui prouve qu'il ignorait l'existence du mémoire de Niels Henrik Abel, paru en 1829[22].

Lobatchevski pédagogue

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Lobatchevski enseigne à l'université de Kazan durant trente-cinq ans, pendant lesquels il dispense pratiquement tous les cours à contenu mathématique, et plusieurs autres matières scientifiques : mécanique, astronomie et physique. Chaque année, il est chargé de l'enseignement d'au moins deux ou trois matières différentes. De l'avis de la majorité de ses étudiants, c'est un excellent professeur. Ses cours, ses conférences et les présentations qu'il réalise sont accessibles à toute personne disposant d'un bagage intellectuel minime. Un de ses meilleurs élèves écrit à son sujet : « En général, il ne parlait pas de la même façon qu'il écrivait. Si ses ouvrages se distinguent par une langue concise et pas toujours claire, dans ses cours, il apportait une grande attention à son expression afin qu'elle soit la plus claire possible. Ainsi, il résolvait d'abord les problèmes particuliers grâce à la méthode synthétique, et passait ensuite à la démonstration des propositions générales par la méthode analytique. Il ne se souciait pas trop des mécanismes de calcul, mais accordait la plus grande importance à la précision des concepts ». À l'instar de cet élève, la majorité des personnes disent que la présentation de la matière est très organisée, sans hâte. De ce fait, il est très facile de prendre des notes, car il ne laisse rien au hasard[23].

Геометрия Лобачевского

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Les notes de cours de Lobatchevski (datant de 1817) ont été conservées ; il y tentait de démontrer le cinquième postulat d'Euclide, mais dans le manuscrit de son manuel « Géométrie » (1823), il avait déjà abandonné cette tentative. Dans ses « Revues de l'enseignement des mathématiques pures » pour 1822-1823 et 1824-1825, Lobatchevski soulignait la difficulté « toujours insurmontable » du problème du parallélisme et la nécessité d'accepter comme concepts initiaux en géométrie des notions directement issues de la nature.

Le 7 (19) février 1826, Lobatchevski soumit un article pour publication dans les Notes du Département de physique et de mathématiques : « Exposé condensé des principes de géométrie avec une démonstration rigoureuse du théorème des droites parallèles » (en français). Cependant, la publication n'eut pas lieu. Le manuscrit et les critiques ont disparu, mais l'article fut intégré par Lobatchevski à son ouvrage « Sur les principes de la géométrie » (1829-1830), publié dans le « Bulletin de Kazan ». Cet ouvrage devint la première publication importante dans la littérature mondiale sur la géométrie non euclidienne, ou géométrie de Lobatchevski.

BERJAYA
Représentation visuelle de la géométrie de Lobachevsky : passant par le point M, trois droites sont tracées qui ne coupent pas la droite D.

Lobatchevski considère l'axiome des parallèles d'Euclide comme une restriction arbitraire. Selon lui, cette condition est trop contraignante et limite les capacités d'une théorie décrivant les propriétés de l'espace. Il propose donc un autre axiome : dans un plan, par un point n'appartenant pas à une droite donnée, passent plusieurs droites qui ne la coupent pas. La nouvelle géométrie développée par Lobatchevski n'inclut pas la géométrie euclidienne, mais celle-ci peut être obtenue par passage à la limite (lorsque la courbure de l'espace tend vers zéro). Dans la géométrie de Lobatchevski, la courbure est négative. Dès sa première publication, Lobatchevski a développé en détail la trigonométrie de l'espace non euclidien, la géométrie différentielle (y compris le calcul des longueurs, des aires et des volumes) et des questions analytiques connexes.

Cependant, les idées scientifiques de Lobatchevski ne furent pas comprises par ses contemporains. Son ouvrage « Sur les principes de la géométrie », soumis à l'Académie des sciences en 1832 par le Conseil de l'université, reçut un accueil négatif de la part de M. V. Ostrogradski. Dans une critique ironiquement acerbe du livre, Ostrogradski admit franchement n'y comprendre rien, hormis deux intégrales, dont l'une, selon lui, était mal calculée (en réalité, Ostrogradski se trompait lui-même). Parmi ses autres collègues, presque personne ne soutint Lobatchevski, et l'incompréhension et les railleries ignorantes se répandirent. Un autre académicien de Saint-Pétersbourg, V. Ya. Bouniakovski, publia un article « démystifiant » la géométrie non euclidienne dès 1871, alors même que les travaux de Beltrami avaient déjà glorifié Lobatchevski comme le découvreur de la « géométrie hyperbolique ».

Le couronnement de la persécution fut une diffamation anonyme moqueuse (signée du pseudonyme S. S.), qui parut dans le journal de F. Boulgarine « Fils de la Patrie » en 1834 :

« 

Pourquoi donc écrire, et qui plus est publier, des fantaisies aussi absurdes ? <…> Comment peut-on imaginer que M. Lobatchevski, professeur ordinaire de mathématiques, ait écrit dans un but sérieux un livre qui ferait peu d'honneur même au dernier des maîtres d'école paroissiale ? Si ce n'est la science, du moins le bon sens devrait être le propre de tout enseignant, or, dans la nouvelle géométrie, ce dernier fait souvent défaut. <…> La Nouvelle Géométrie <…> est écrite de telle sorte que presque personne parmi ceux qui l'ont lue n'y a rien compris.

 »

À en juger par le contenu de cette note, elle a été écrite par une personne ayant une formation mathématique, très probablement un membre de l'entourage d'Ostrogradski (l'article contient les mêmes critiques infondées que la recension d'Ostrogradski). Les historiens n'ont pas pu déterminer l'étendue de l'implication d'Ostrogradski lui-même dans ce projet.

La tentative de Lobatchevski de publier une réponse à la diffamation dans la même revue fut ignorée par la rédaction. Malgré ces complications, Lobatchevski, convaincu de la justesse de ses propos, poursuivit ses travaux. De 1835 à 1838, il publia des articles sur la « géométrie imaginaire » dans les Scientific Notes, puis son ouvrage le plus complet, « Nouveaux principes de géométrie avec une théorie complète des droites parallèles ».

N'ayant pas réussi à se faire comprendre, Lobatchevski s'efforça de présenter ses idées de la manière la plus accessible possible, non seulement en Russie, mais aussi à l'étranger. En 1837, son article « Géométrie imaginaire » parut dans la prestigieuse revue berlinoise de Crelle, et en 1840, il publia en allemand un petit ouvrage, Recherches géométriques sur la théorie des parallèles, contenant un exposé clair et systématique de ses idées principales. Carl Friedrich Gauss, le « roi des mathématiciens » de l'époque, en reçut deux exemplaires. On découvrit bien plus tard que Gauss avait lui-même secrètement développé la géométrie non euclidienne, mais il ne se résolut jamais à publier quoi que ce fût à ce sujet, estimant que la communauté scientifique n'était pas encore prête à accepter des idées aussi radicales. Ayant pris connaissance des résultats de Lobatchevski, il en parla avec enthousiasme, mais seulement dans ses journaux intimes et dans ses lettres à ses amis proches. Ainsi, dans une lettre à l'astronome H. C. Schumacher (1846), Gauss apprécia le travail de Lobatchevski en ces termes :

Vous savez que depuis déjà 54 ans (depuis 1792) je partage les mêmes vues (avec un certain développement de celles-ci, dont je ne veux pas parler ici) ; aussi n'ai-je rien trouvé pour moi de véritablement nouveau dans l'ouvrage de Lobatchevski. Mais, dans le développement du sujet, l'auteur n'a pas suivi la voie que j'ai moi-même empruntée ; ce développement est exécuté par Lobatchevski de main de maître, dans un esprit véritablement géométrique. Je me fais un devoir d'attirer Votre attention sur cet ouvrage, qui, à coup sûr, Vous procurera une jouissance tout à fait exceptionnelle.

[[Файл:Лобачевский_Воробьёвы_горы.jpg|droite|vignette|

Buste de Lobatchevski sur l'allée des Savants éminents, près de l'université de Moscou, sur les collines des Moineaux

]]

Gauss exprima indirectement sa sympathie pour les idées du savant russe : il recommanda l'élection de Lobatchevski comme membre correspondant étranger de la Société royale des sciences de Göttingen, le qualifiant de « l'un des plus excellents mathématiciens de l'État russe ». Gauss entreprit également l'étude du russe afin de se familiariser avec les détails des découvertes du géomètre de Kazan. L'élection de Lobatchevski eut lieu en 1842 et fut la seule reconnaissance de ses travaux scientifiques de son vivant. Toutefois, cela ne consolida pas sa position ; il lui resta à travailler encore quatre ans dans son université natale. Son nouvel article (la résolution de certains problèmes d'analyse) reçut à nouveau une critique très négative d'Ostrogradski (1842).

Comme l'ont établi les historiens des sciences, le mathématicien hongrois János Bolyai, indépendamment de Lobatchevski et un peu plus tard (1832), publia sa propre version de la géométrie non euclidienne. Mais sa publication, elle non plus, n'attira pas l'attention de ses contemporains.

Lobatchevski mourut méconnu, dix à douze ans seulement avant le triomphe de ses idées. La situation scientifique changea radicalement peu après. Les travaux d'E. Beltrami (1868), F. Klein (1871), H. Poincaré (1883) et d'autres jouèrent un rôle majeur dans la reconnaissance des travaux de Lobatchevski. Les interprétations de la géométrie de Lobatchevski qu'ils construisirent (le modèle de la pseudosphère, le modèle de Beltrami-Klein et le modèle de Poincaré) démontrèrent que la géométrie de Lobatchevski est aussi cohérente que la géométrie euclidienne.

La prise de conscience qu'il existe une alternative à part entière à la géométrie euclidienne produisit une impression considérable sur le monde scientifique et donna une impulsion à d'autres idées novatrices en mathématiques et en physique. En particulier, la géométrie de Lobatchevski exerça une influence décisive sur l'émergence de la géométrie riemannienne, du « programme d'Erlangen » de Felix Klein et de la théorie générale des systèmes axiomatiques.

Publications

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  • 1840 : (de) Geometrische Untersuchungen zur Théorie der Parallellinien
    trad. française par Jules Hoüel en 1866 sous le titre Études géométriques sur la théorie des parallèles, rééditée en 1895 dans Recherches géométriques sur la théorie des parallèles puis en 1980 dans La théorie des parallèles, Librairie scientifique et technique Albert Blanchard (lire en ligne sur Gallica). trad. anglaise par G. B. Halsted en 1891, en 1914 puis en supplément de la réédition de (en) Roberto Bonola, Non-Euclidean Geometry : a critical and historical study of its development, Dover Publications, (1re éd. 1912)
  • 1855 : Pangeometry
    première édition en russe, édition française en 1856 sous le titre Pangéométrie ou Précis de géométrie fondée sur une théorie générale et rigoureuse des parallèles. En anglais Nikolai I. Lobachevsky, Pangeometry, traduit et édité par A. Papadopoulos, Heritage of European Mathematics Series, vol. 4, European Mathematical Society, 2010.

Lobatchevski est salué pour son travail de recteur :

  • en 1833, il est nommé Conseiller de l'État et décoré de l'ordre de Saint-Stanislas (de troisième classe)
  • en 1836, il reçoit la médaille de l'ordre de Sainte-Anne
  • en 1838, on lui octroie un titre nobiliaire, accompagné d'armoiries et d'une dot à vie
  • en 1842, il est proposé comme membre d'honneur de la Société scientifique de Göttingen, à l'initiative de Carl Friedrich Gauss
  • en 1844, on lui attribue l'ordre de Saint-Stanislas (de première classe)[24]

Notes et références

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  1. et du calendrier orthodoxe[1]
  2. Au début du XIXe siècle, c'est une ville relativement grande comptant entre 20 000 et 25 000 habitants[2]
  3. C'est lui qui encouragea la fondation d'un observatoire astronomique à Kazan[4]
  4. Selon les dires de Rumovski : « [...]Je tiens à souligner que l'étudiant Nikolaï Lobatchevski est le premier en mauvaise conduite, et je regrette de le voir gâcher ses excellentes capacités par un comportement indigne. Je lui recommande donc de changer d'attitude et de s'amender [...] »[7]
  5. L'académicien considérait que le cours que le scientifique avait proposé était peu didactique et manquait de clarté et de précision. Lobatchevski se sentit offensé, ne corrigea pas le manuscrit et tira un trait sur sa publication. Et c'est avec une persévérance intacte qu'il se replongea totalement dans ses recherches[10]
  6. Un article du mathématicien sur l'enseignement de la géométrie, publié dans le tome VII de l'Encyclopédie (1757) proposait une nouvelle manière d'aborder la géométrie et son enseignement[11]
  7. Les Éléments de géométrie (1794) d'Adrien-Mqarie Legendre s'avèra primordial dans l'évolution de sa pensée géométrique[12]
  8. Destinée à mesurer le champ magnétique terrestre, elle disposait de capteurs et d'outils d'enregistrement. L'incendie du détruisit la station et l'observatoire astronomique[14]
  9. En accord avec les statuts de l'université, les professeurs devaient libérer leur poste s'ils l'avaient occupé pendant trois décennies[16]
  10. Si le terme Géométrie imaginaire peut bien sûr faire référence aux nombres imaginaires, dans sa préface, Lobachevski prend soin d'expliquer que toutes les mesures astronomiques qu'il a pu faire ne donnent pas de prise à ce que le monde qui nous entoure soit soumis à cette géométrie. Il faut donc prendre aussi le terme imaginaire au sens de « issu de l’imagination » ou « en dehors du réel »
  11. Recherches géométriques sur la théorie des parallèles[20]

Références

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  1. Fernández Fernández et Sanchez 2019, p. 11
  2. Fernández Fernández et Sanchez 2019, p. 16
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Bibliographie

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