Cheveu
Le cheveu est un élément de la pilosité humaine, plus ou moins étendue sur le sommet, les côtés et l'arrière de la tête. Comme les autres phanères, il est composé de kératine.
Physiologie
[modifier | modifier le code]Nombre et dimensions
[modifier | modifier le code]L'être humain a de 100 000 à 150 000 cheveux. Les chevelures claires comptent plus de cheveux que les chevelures noires ou rousses[1]. La densité est d'environ 150 à 200 cheveux par centimètre carré[2].
Un nouveau-né possède plus de 1 000 follicules pileux par cm2. Cette densité se réduit au cours du temps et arrive à moins de 500 entre 30 et 50 ans[3].
Le diamètre d'un cheveu varie selon l'âge, des facteurs génétiques et l'origine ethnique, de 40 à 100 µm (millièmes de millimètre).
Un individu perd environ 30 à 60 cheveux par jour[2].
Forme
[modifier | modifier le code]Le cheveu se divise en deux parties :
- la racine, qui est la partie non visible, vivante ;
- et la tige capillaire, qui est la partie visible, biologiquement morte, constituée comme le poil de trois parties : la cuticule, le cortex et la medulla (ou moelle).
Le diamètre d'un cheveu varie selon l'âge, des facteurs génétiques et l'origine ethnique, de 40 à 100 µm (millièmes de millimètre).
La forme du follicule qui produit le cheveu est une caractéristique génétique et elle influence la répartition des différentes couches de kératine dans le cheveu :
- un follicule rond, allongé et perpendiculaire à la surface de la peau va former un cheveu rond et lisse ;
- un follicule de coupe ovale et légèrement tordu en forme de virgule va produire un cheveu plus plat et frisé ;
- un follicule elliptique et pas du tout perpendiculaire à la surface (comme couché sous la peau) produira un cheveu crépu.
Les cheveux sont donc naturellement plutôt lisses ou épais (Asiatiques), lisses ou fins (Européens), frisés, crépus, bouclés ou épais (Africains).
Couleur
[modifier | modifier le code]- Coupe et coloration ou éléments ajoutés (plumes en particulier) ont été des signes d'appartenance pour beaucoup de peuples amérindiens (Joseph Brant ou Thayendanegea, dit «chef des six nations» en 1806).
- Box braids, coiffure typique de populations noires. Comme les vêtements ou les tatouages, la coiffure et son éventuelle ornementation peuvent être des signes d'appartenance à un groupe, de tendance ou d'indépendance. Une tendance « ethnique » s'inspire de coiffures traditionnelles.
- Racine d'un cheveu arraché.
Cycle pilaire
[modifier | modifier le code]Les cheveux ne poussent pas continuellement mais selon un rythme cyclique et périodique qui peut varier selon l'individu, son âge et les saisons.
Développement
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Les follicule pileux, répartis sur l'ensemble du cuir chevelu au nombre de 100 000 à 150 000, se développent en trois ou quatre phases (selon les auteurs), chaque follicule se développant de façon indépendante des autres[4],[5] :
- Phase anagène : cette phase de croissance dure de 2 à 8 ans au cours de laquelle le bulbe pilaire produit la kératine du cheveu qui pousse d'environ 0,35 mm par jour, 1 cm par mois ou 15 cm par an[6].
- Phase catagène : cette phase d'involution ou de régression dure de 2 à 3 semaines : arrêt de synthèse avec atrophie du bulbe pilaire qui se déplace vers la surface, la tige du cheveu s'amincit d'un sixième de diamètre.
- Phase télogène : c'est une phase de repos et de chute qui dure de 2 à 6 mois, la tige du cheveu ne pousse plus. Les cellules souches épidermiques du follicule migrent en profondeur pour former un nouveau bulbe pilaire (le nouveau cheveu fait chuter l'ancien).
- Phase exogène : des auteurs distinguent une phase exogène qui correspond à la phase télogène de chute. La chute normale de cheveux est de 50 à 150 par jour.
Chaque follicule pileux peut, au cours d'une vie, être à l'origine d'une vingtaine (10 à 30) de cycles pilaires. Normalement, sur l'ensemble du cuir chevelu, 80 à 90 % des cheveux sont en phase anagène, 5 % en phase catagène, et 10 à 15 % en phase télogène[4].
Les premiers cycles commencent dès le cinquième mois et demi de la vie fœtale et se poursuivent toute la vie. La densité de la chevelure est maximale vers l'âge de 30 ans, puis la proportion des cheveux en phase anagène décline avec l'âge. Au cours du vieillissement, le blanchissement des cheveux (canitie) est liée à l'épuisement des mélanocytes[4], tandis que la chevelure s'éclaircit progressivement jusqu'à la perte des derniers cheveux.
Variations
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Le cycle pilaire varie selon le contexte génétique, l'âge et le genre, les facteurs environnementaux, nutritionnels et autres[7]. La vitesse de croissance des cheveux est en moyenne de 0,7 à 2 cm par mois, les cheveux lisses poussant généralement plus vite que la moyenne et les cheveux crépus moins vite[3].
Facteurs hormonaux et de genre
[modifier | modifier le code]Le cycle de croissance des cheveux est régulé par des hormones, en particulier les hormones thyroïdiennes, les œstrogènes et la testostérone[5].
Chez les femmes, la durée du cycle de croissance est de 4 à 7 ans, contre 2 à 4 chez l'homme. Quand ils sont en phase de croissance (phase anagène), les cheveux poussent en moyenne à la même vitesse chez les femmes que chez les hommes (environ 1,25 cm par mois), mais comme le cycle de croissance est en moyenne plus long chez les femmes, celles-ci peuvent finalement avoir théoriquement, sur la durée, des cheveux plus longs que les hommes[8],[3].
Les hormones mâles, qui déterminent la pousse abondante de la pilosité dite masculine (barbe, moustache) ont, par contre, une action inhibitrice sur la croissance des cheveux. Cela explique la fréquence des alopécies chez les hommes, ainsi que chez les femmes soumises à des hormonothérapies androgènes. Dans l'Antiquité, on avait déjà noté que les eunuques n'étaient jamais chauves (Aphorismes, Hippocrate, 6e section, 28[9]). On a depuis montré l'importance de la testostérone comme facteur de chute des cheveux.
Facteurs nutritionnels
[modifier | modifier le code]Les troubles nutritionnels peuvent perturber le cycle pilaire et affecter la structure, la croissance et la pigmentation des cheveux. Il s'agit de déficits en vitamines (vitamine A, vitamine B, vitamine D et vitamine E), en minéraux (fer, zinc, sélénium), en acides gras (oméga 3 et oméga-6), en protéines et acides aminés tels que histidine, leucine et valine[5].
Cependant, si ces déficits peuvent entraîner une alopécie, il y a peu d'indices qu'une supplémentation puisse être bénéfique pour la chevelure chez le sujet en bonne santé (sans troubles nutritionnels)[5].
Stress et sommeil
[modifier | modifier le code]Le cycle pilaire est aussi régulé par les nerfs périphériques (système nerveux sympathique) des follicules pileux et par la production de cortisol ou « hormone du stress ». L'association entre le stress et la perte de cheveux est bien documentée, un taux élevé de cortisol diminuant la synthèse de protéoglycanes entrant dans la structure des follicules pileux[5].
Un stress important ou un événement dramatique est réputé pouvoir brutalement faire tomber les cheveux, sauf les blancs, et ainsi faire penser que la chevelure est devenue blanche[10].
De même, les troubles du sommeil, notamment chez les sujets anxieux et depressifs, peuvent aggraver la perte de cheveux, le cycle pilaire étant en rapport avec le rythme circadien[5].
Facteurs mécaniques et physiques
[modifier | modifier le code]Quelques études suggèrent que le massage du cuir chevelu pourrait améliorer la chevelure en augmentant le flux sanguin au niveau des follicules pileux[5].
La température et la lumière ont une influence. La lumière rouge vers 650 nm et celle proche de l'infra-rouge stimulent la croissance et la densité des cheveux[5],[7], alors que l'exposition aux ultra-violet et à l'eau de mer peut altérer la structure et la couleur des cheveux[11].
Cheveux et santé
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La trichologie permet de mesurer l'état de santé du cheveu ou son degré d'atteinte à certaines nuisances.
Chez les êtres humains, la chevelure est l'habitat du pou de tête responsable de la pédiculose du cuir chevelu. Les dermatophytes kératinophiles s'attaquent à la tige pilaire en étant responsables de la teigne[4]. Les follicules peuvent abriter de minuscules acariens dont c'est l'habitat naturel, les demodex.
Hygiène et cosmétique
[modifier | modifier le code]L'ensemble du cuir chevelu et des cheveux représente une surface à laver estimée entre 4 et 8 m2 chez une femme ayant une chevelure de longueur moyenne. L'utilisation de shampooing est un progrès de l'hygiène corporelle en réduisant les infections du cuir chevelu, mais composés d'agents tensioactifs, ils peuvent être potentiellement irritants pour la peau et les cheveux (inflammation du cuir chevelu, allergie de contact)[11].
Il en est de même pour les produits de colorations permanentes, de décoloration, de mise en plis et de défrisage, dont l'utilisation agressive peut aboutir à des cheveux cassants (alopécie de traction chez la femme)[11].
Chute des cheveux
[modifier | modifier le code]La chute des cheveux peut être localisée ou diffuse, temporaire ou permanente, acquise ou congénitale, cicatricielle ou non cicatricielle. Elle n’est pas uniquement le résultat du stress ou d’un régime déséquilibré. Les causes sont très nombreuses, les trois principales étant[4],[12] :
- l'alopécie androgénique ou calvitie, modérée (de cause hormonale liée au vieillissement) ou sévère (de cause génétique) ;
- l'effluvium est une chute diffuse des cheveux liée à de multiples causes, souvent réversibles. L'effluvium en phase anagène est dû le plus souvent aux Chimiothérapies. Il existe un effluvium télogène normal saisonnier en automne et au printemps ; l'effluvium télogène aigu survient dans les trois mois après un évènement stressant ; l'effluvium télogène chronique est lié à des causes multiples (maladie infectieuse ou inflammatoire, prise de médicaments…) ;
- la pelade est une alopécie considérée comme une maladie auto-immune dirigée contre les follicules pileux.
Les traitements spécifiques les plus utilisés contre la chute de cheveux sont le massage du cuir chevelu, le minoxidil, des plantes (comme Serenoa repens, Trifolium pratense…), des suppléments en vitamines et minéraux, la photobiomodulation, des prostaglandines et le plasma riche en plaquettes[5].
En cas de calvitie (alopécie androgénique), la greffe de cheveux (implants capillaires) peut être envisagée chez le sujet motivé[12].
Analyse toxicologique des cheveux
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L'analyse des cheveux fournit des informations précieuses sur les expositions environnementales et toxiques. Le cheveu présente l'avantage d'une conservation exceptionnelle, contrairement à l'analyse urinaire ou sanguine, il est possible, à partir d'un cheveu, de remonter dans le passé toxicologique d'un sujet[13].
Les cheveux peuvent absorber ou adsorber[14] de nombreux polluants de l'air (polluants métalliques tels que le mercure ou le plomb, et tout particulièrement les polluants solubles dans le gras tels que des composés organiques volatils, les organochlorés[15] ou les organophosphorés[16]). Lors de leur croissance, ils accumulent certaines toxines évacuées par l'organisme (ex : certains métaux lourds comme le plomb qu'on retrouve aussi dans les os et les autres phanères). C'est ainsi que :
- pour suivre l'évolution de l'intoxication de travailleurs miniers ou l'intoxication au mercure[17] (cf. orpaillage) pour les Amérindiens de Guyane, on peut procéder à une analyse des cheveux. Ces derniers sont en outre plus faciles à prélever, conserver et transporter que des biopsies ou des échantillons de sang ou d'urine[18]. Leur teneur en mercure reflète la contamination (plutôt chronique) des individus, et souvent pour partie au moins de l'environnement ;
- c'est en mesurant — bien après sa mort — la teneur en métaux lourds d'une mèche de cheveux de Beethoven qu'on a pu déduire qu'il était atteint de saturnisme. L'analyse toxicologique a été répétée en 2024 (avec un séquençage génomique, confirmant des concentrations de plomb exceptionnellement élevées sur deux mèches (258 µg/g et 380 µg/g, soit environ 64 à 95 fois supérieurs aux valeurs de référence actuelles, soit une plombémie correspondant à 69 et 71 µg/dL, compatible avec les troubles gastro-intestinaux et rénaux chroniques du compositeur, ainsi qu'avec sa perte d'audition), et des données génétiques nouvelles suggèrent qu'il souffrait probablement du foie et d'une hépatite B. Ses cheveux contenaient aussi un taux élevé d'arsenic et de mercure, renforçant l'hypothèse d'une exposition environnementale ou iatrogène prolongée[19].
- 33 éléments ont été analysés dans 138 échantillons de cheveux humains datant du dernier quart du XIXe siècle (collectés en Savoie et conservés au MNHNP). L'étude a mis en évidence un taux de plomb très supérieur aux valeurs ailleurs rapportées par la littérature, montrant que ceux qui vivaient en ville ou dans les vallées industrielles de Savoie étaient (par rapport aux campagnes et montagnes) beaucoup plus exposés au plomb, probablement à la suite de l'industrialisation, des tuyaux de plomb posés pour l'adduction d'eau et de la peinture au plomb, ainsi que des habitudes de vie (ustensiles, cosmétiques, vin et tabac) — et localement de l'exploitation minière et du développement du chemin de fer dans des vallées étroites où les fumées peuvent stagner. Les auteurs notent qu'alors les deux grandes vallées industrielles de Savoie (Maurienne et Tarentaise) présentaient des taux de goitre et de crétinisme endémiques élevés, jusqu'ici associés au manque d'iode. Or c'est dans ces vallées que les cheveux ont révélé les taux de plomb capillaire parmi les plus élevés, ce qui peut faire évoquer un éventuel lien entre l'exposition historique au plomb et le crétinisme ou le goitre dans cette région, où des mines existent depuis la préhistoire (depuis au moins 4 000 ans)[20], et où les séquelles de forte pollution par des mines de plomb et de plomb argentifère datant de l'époque romaine sont bien documentés[21],[22],[23],[24],[25],[26],[27], mines qui ont continué à polluer au Moyen Âge[28],[29], et au moins du XVIIIe siècle à aujourd’hui[30],[31],[32],[33].
Comme la laine de mouton, les cheveux sont des biosorbants naturels. Ils peuvent ainsi être utilisés comme marqueur de l'alcoolisme ou de prise récente d'alcool[34] ou de stupéfiants[35]. Ils sont utilisés pour le biomonitoring de certaines pollutions (ex. : certains métaux, HAP[36] et pesticides[37],[36], ou de l'exposition à divers polluants de la qualité de l'air intérieur, dont l'air des cabines d'avions ; ainsi Vincent Peynet[a] a-t-il établi un protocole de dosage du tri-crésyl-phosphate (additif d'huile moteur impliqué dans le Syndrome aérotoxique) dans les cheveux pour évaluer l'exposition chronique (sur plusieurs mois) du personnel embarqué (ou de personnes prenant souvent l'avion) à ce produit[16].
En outre, « il a été démontré que les cheveux pouvaient absorber trois à neuf fois leur poids d'huile. De par leurs propriétés, les cheveux humains pourraient facilement absorber le pétrole brut parfois déversé dans les océans » selon Rebecca Pagnucco, qui estime que les cheveux humains coupés, aujourd'hui en grande partie gaspillés, pourraient être utilisés pour le nettoyage d'eaux polluées par des hydrocarbures, et même à plusieurs reprises sans qu'ils perdent cette propriété. Fin 2023, en Savoie, les coiffeurs sont invités à récupérer les cheveux coupés pour les valoriser de cette manière[38].

Culture et société
[modifier | modifier le code]Valeur symbolique
[modifier | modifier le code]Les cheveux ont une importance particulière, chargée de symbolisme dans l'image sociale du corps humain[39].
Séduction
[modifier | modifier le code]Ils ont souvent un rapport avec l'intimité, la séduction, la pudeur et la sexualité à travers la tricophilie, la relation à l'autre à travers la chevelure (peigner, épouiller, couper) étant une marque d'affection.
Dans les sociétés occidentales, la sexualisation de la chevelure est plus forte chez la femme que chez l'homme. Les cheveux longs correspondent à une thématique du caché-montré où, comme vêtement naturel, ils supposent la nudité[39].
Les ondines et les sirènes ont une longue chevelure ondoyante. L'association érotique entre l'eau et la chevelure est un thème littéraire et poétique (Shakespeare dans Hamlet, IV, 7, avec le personnage d'Ophélie ; Baudelaire dans les Fleurs du Mal, La chevelure )[39].
La chevelure féminine est tentation mais aussi danger : dans la mythologie grecque, les cheveux se transforment en serpents (Gorgone Méduse, les Érynies). Au Moyen Âge, les longs cheveux féminins sont le symbole de la luxure. En Islam, ils sont cachés par un voile[39].
Force et rapports de pouvoir
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Selon les époques et les lieux, les cheveux longs symbolisent la force et/ou la virilité. Dans la Bible (Juges, 13-16), la force de Samson est dans sa chevelure[39].
Chez les anciens Germains, les cheveux longs masculins sont réservés aux hommes libres, alors que les esclaves et les prisonniers ont le crâne rasé. Les Romains, au contraire, ont les cheveux courts, sans pilosité faciale, pour eux le Gaulois est un homme chevelu et moustachu, habitant la Gaule chevelue par opposition à la Gaule romanisée ou Gaule narbonnaise[39].
En Europe, l'apparition des perruques souligne les différences sociales. Sous Louis XIV, les perruques faites de longs cheveux de femmes sont le privilège des nobles, alors que les roturiers ne portent que leurs cheveux naturels ou des postiches courts. Après la chute de la monarchie française, les cheveux naturels et courts marquent le nouveau régime en se référant à la république Romaine. Après la réaction thermidorienne, apparait la mode des cheveux très courts par derrière, coiffures dites à la victime, allusion dérisoire aux condamnés à la guillotine[39].
Sous le second Empire s'établit l'usage de laisser les cheveux flottants chez les jeunes filles et très libres encore chez les femmes, usage qui pourrait être venu d'Angleterre[40]. Vers 1855, on apprend des Anglaises à ne plus se serrer les cheveux et à renoncer aux pommades grasses à base de moelle de bœuf et d'huile d'amande, plus ou moins parfumée « avec lesquelles on leur donnait un lustre malpropre, en domptant ce qu'on appelait leurs rébellions. On détruisait ainsi leur ondulation naturelle, qui, justement, sont l'apanage ethnique des plus belles races »[40].
Ensuite, en France, alors que les hommes pouvaient porter les cheveux longs, les femmes semblent avoir longtemps été contraintes à réunir leurs cheveux en chignons serrés avec des rubans et/ou cachés sous des calots, coiffes et autres serre-tête[40].
La chevelure peut être manifestation de contre-culture où l'on refuse l'ordre établi par choix contraire ou différent de la mode majoritaire dans une société ou un milieu social. Par exemple, les cheveux longs de la période hippie ou baba cool ou la mode des têtes rasées chez des jeunes hommes (skinhead) revendiquant une violence « virile »[39].
Raser la tête quand ce n'est pas l'usage général correspond à une punition ou à l'indignité (femmes tondues, bagnards, prisonniers…). La tête rase dans l'armée, d'abord symbole d'obéissance, est devenu symbole de virilité[39].
Si les armées modernes imposent généralement une coupe courte ou rase, c'est aussi pour limiter les risques de pullulation de poux, faciliter le lavage/séchage, etc., mais couper les cheveux d'un samouraï était le déshonorer, et les castes administratives et militaires chinoises, coréennes, japonaises ont accordé une grande importance à la coiffure et longueur des cheveux. Les envahisseurs mandchous ont ainsi imposé le port de la natte en Chine. Le scalp de l'ennemi a été un trophée valorisé chez certains amérindiens.
Valeur magique et religieuse
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Chez la femme, la chevelure fait partie de son charme magique au sens de carmen. En mythologie hindoue, dans le Mahabharata, la chevelure est une partie sanctifiée des épouses des Pandava[39].
L'iconographie hindoue présente souvent les dieux terribles et violents les cheveux épars autour de la tête, comme ils l'étaient chez la gorgone ou le typhon des mythologies gréco-latines. L'univers aurait d'ailleurs été tissé avec les cheveux de Çiva, qui sont les directions de l'univers, le vent et le fleuve sacré ganga (Gange).
En Occident, les sorcières se caractérisent souvent par une coiffure désordonnée. Les cheveux, surtout féminins, sont magiques : coupés, ils gardent les propriétés de la personne, d'où leur emploi dans les envoûtements. Pour la même raison, le culte des reliques de saints, les gages ou promesses d'amour peuvent se baser sur des mèches de cheveux[39]. Ceux de Raiponce ont des pouvoirs de guérison.
Les cheveux de l'être aimé se placent dans un médaillon ou sont tressés pour être portés en bracelet[39] ; ou bien les cheveux perdus ou tombés sont gardés pour empêcher que quelqu'un de malveillant s'en empare pour y jeter un sort.
Cheveux courts
[modifier | modifier le code]Les cheveux rasés, courts ou cachés ont une signification traditionnelle de soumission qui se retrouve dans le christianisme : tonsure pour les religieux, coupage des tresses pour les religieuses[39].
Un texte d'une épître de saint Paul[41] demande aux femmes de rester la tête couverte en priant, ce qui pourrait être une des origines du voile des religieuses catholiques ou des femmes musulmanes. Au XIXe siècle en France, il était d'usage chez les riches et bourgeois que les femmes cachent leurs cheveux en public[40].
En Chine, à certaines époques, couper les cheveux d'un adulte était le mutiler. Avoir les cheveux ras interdisait l'accès à certaines fonctions. Les bonzes et certains moines se coupaient les cheveux en signe de renonciation et de distanciation d'avec la vie sociale normale. Il existait au Vietnam une sorte de divination basée sur la position des cheveux et des poils.
Cheveux longs
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Garder les cheveux longs peut être signe d'éloignement du monde pour atteindre une pureté originelle, c'est le cas des ermites[39].
Ne pas se coiffer et se salir les cheveux (cendres, terre) ou les laisser pousser a souvent été un signe de deuil et/ou d'un vœu, par exemple chez les Papous de Nouvelle-Guinée.
Variantes culturelles
[modifier | modifier le code]Les cheveux sont parfois colorés (au roucou en Amazonie, au henné au Moyen-Orient, etc.), couverts de cendre ou d'argile dans de nombreux groupes ethniques, à l'occasion de cérémonies diverses.
La toute première coupe de cheveux était chez certaines ethnies l'occasion de fêtes et rituels complexes. Lors du mariage hopi traditionnel, les époux devaient tremper leurs cheveux longs dans une mousse de Yucca purificatrice, puis les mêler en une seule torsade, pour lier le couple « comme la chair adhère au noyau d'une alberge »[42].
En langue française
[modifier | modifier le code]Étymologie
[modifier | modifier le code]Le mot cheveu apparait en français au XVe siècle, d'abord sous la forme chevel vers 1050 suivie de nombreuses variantes en ancien français au XIVe siècle (cavel, cheveul, chevoil…). Toutes ces formes sont issues du latin capillus (cheveu, chevelure, poil). L'idée que capillus est à rapprocher de caput (tête) et pilus (poil) reste douteuse[43].
Expressions
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Les dates entre parenthèses correspondent à la date de la première apparition dans un texte[43] :
- Tiré par les cheveux, amener de manière forcée et peu logique, c'est le sens figuré de Tirer les cheveux au sens propre (1080) ;
- un cheveu de la tête (1357), s'emploie au négatif avec des verbes comme toucher pour désigner la partie la plus infime du corps, donc une interdiction absolue ;
- se prendre aux cheveux (1690), se battre ;
- faire dresser les cheveux sur la tête (1716), faire frémir, horrifier ;
- se faire des cheveux blancs (1824) puis se faire des cheveux (1885), se faire du souci ;
- avoir mal aux cheveux, mal de tête pour avoir trop bu (1853), au XVe siècle l'idée de « douleur aux cheveux » signifiait la croyance d'un mari jaloux d'être trompé ;
- couper les cheveux en quatre (1856) : pinailler, avoir excessivement le souci du détail. Cette expression a remplacé fendre un cheveu en deux (1690) ;
- Il y a un cheveu (1865), présence d'un petit ennui ;
- S'en falloir d'un cheveu (1877), occasion ou réalisation manquées de peu, comme À un cheveu près, à très peu de chose près.
Autres[44] :
- Cheveux au vent, au propre et au figuré la liberté d'être sans attache ;
- en cheveux, être tête nue, sans chapeau ;
- s'arracher les cheveux, être furieux, désespéré ;
- avoir un cheveu sur la langue, zézayer, zozoter ;
- arriver ou venir comme un cheveu sur la soupe, désigne le contretemps, le mal à propos ;
- saisir l'occasion aux cheveux ou par les cheveux, décider rapidement au seul moment opportun.
Surnoms
[modifier | modifier le code]Les cheveux sont souvent à l'origine de surnoms. Un roi franc, antérieur à Clovis, a été surnommé le Chevelu : Clodion.
En breton Bleo Kanab (cheveux de chanvre) désigne une blonde aux cheveux couleur filasse[45]. Comme autre surnom on retrouve « Dé Gradez », qui désignerait certaines femmes du Cap-Ferret[46].
Exemples artistiques
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Littérature
[modifier | modifier le code]- La Chevelure est un poème de Charles Baudelaire publié dans la section « Spleen et idéal » des Fleurs du mal en 1857 ;
- Un hémisphère dans une chevelure est un poème en prose, dans Le Spleen de Paris (1869) ;
- La Chevelure est une nouvelle de Guy de Maupassant, parue en 1884 ;
- La Chevelure de Méduse (Medusa’s Coil) est une nouvelle de H. P. Lovecraft et Zealia Bishop, parue en 1939.
Cinéma
[modifier | modifier le code]- La Chevelure est un court métrage français réalisé par Ado Kyrou, d'après la nouvelle de Guy de Maupassant, sorti en 1960 ;
- Hair, adaptation cinématographique réalisée par Miloš Forman et sortie en 1979 ;
- Cheveu est un film français réalisé par Julien Hallard et sorti en 2010.
En infographie 3D les cheveux sont des éléments dont le rendu réaliste est très difficile : en effet ceux-ci sont soumis à l'environnement et à l'humidité, interagissent tous ensemble et sont trop nombreux pour être modélisés séparément[47]. Leur représentation dans le jeu vidéo ou le cinéma d'animation nécessitent donc des techniques spécifiques ou des coiffures plus simples comme des tresses[47].
Théâtre
[modifier | modifier le code]- Hair, une comédie musicale américaine de James Rado (en) et Gerome Ragni (en) (paroles), et Galt MacDermot (musique) créée en 1967.
Musique
[modifier | modifier le code]- Hair (en), une chanson issue de la comédie musicale ;
- Hair, une chanson de l'album Born This Way de Lady Gaga sortie en 2011 ;
- Hair, chanson de Little Mix (2016).
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Vincent Peynet, de l'Institut de recherche et d'expertise scientifique (IRES, Strasbourg, France).
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Combien avons-nous de cheveux sur la tête?
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- ↑ Hippocrate (Traduction et présentation par Jacques Jouanna et Caroline Magdelaine), L'Art de la médecine, GF Flammarion, , 362 p. (ISBN 978-2-08-070838-0), p. 237.
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Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Pierre Bouhanna, Pascal Reygagne et al., Pathologie du cheveu et du cuir chevelu, Masson, Paris, 1999 (réimpr. 2003), 336 p., (ISBN 2-225-83221-8) & (ISBN 9782225832215).
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- Denis Bruna (dir.), Des cheveux et des poils, éditions des Arts Décoratifs, 2023. Catalogue de l'exposition présentée au musée des Arts décoratifs (Paris) du 5 avril au 17 septembre 2023.
- Bertrand Lançon, Poil et Pouvoir, Arkhê, 2019.
Littérature
[modifier | modifier le code]- Sofi Oksanen, Norma (2015)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Baguette pour cheveux, barrette, épingleà cheveux, épingle à cheveux chinoise, fazan, zanzi
- Bandeau (coiffure) (serre-tête), bandana, hachimaki, jamang, trarilonco, chouchou (élastique), rubans
- Couleur des cheveux, décoloration des cheveux
- albinisme
- canitie (cheveux blancs, grisonnement, poivre et sel)
- cheveux blonds
- rousseur
- teinture au henné
- Extension capillaire, extensions de cils
- Épilation, pince à épiler
- Greffe de cheveux
- Hygiène et soins capillaires, toilettage
- Mèche de cheveux, toupet, houppe
- Peigne, brosse à cheveux
- Perruque
- Poil, pilosité humaine (aisselles, face, poitrine (es), pubis)
- Rasage, rasoir, blaireau (rasage)
- Tonsure, tonte de cheveux, tondeuse (coiffure)
- cheveux longs
- première coupe de cheveux (en) (rite de passage), halaka (coupe traditionnelle hébraïque des cheveux à 3 ans), aqiqah
- chudakarana / mundana (hindouisme, tonsure intégrale sauf un toupet
- tonsure rituelle en hindouisme avec offrande à Murugan / Kârttikeya, particulièrement à Tirumala (Andhra Pradesh)
- Tresse
- Trichologie, étude scientifique des cheveux
- achromotrichie (dépigmentation)
- alopécie (chute des cheveux, vers la calvitie)
- analyse des cheveux
- chronobiologie des cheveux
- cuir chevelu
- dermatophytose, trichobactériose
- follicule pileux et ses acariens Demodex
- hypertrichose, hypotrichose
- pelade (médecine)
- teigne (maladie), dartre, favus
- texture des cheveux
- Tricophilie, acomoclitisme : paraphilies
- Trichophobie, chaetophobie : aversion pour poils et cheveux
- Trichotillomanie, arrachage compulsif de cheveux ou de poils
- Dans l'art et la culture
- Lorelei, Raiponce (conte), Demoiselle Maleen, La Belle aux cheveux d'or, Boucle d'or et les Trois Ours
- Bijou en cheveux
- Cheveux d'ange (capellini)
- Cheveux de Pélé (gouttelettes de lave)
- Mal aux cheveux
- Samson
- Scalpation
- Termes dépréciatifs : tif, tignasse, veuch
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative aux beaux-arts :
