close
Aller au contenu

Charles Poletti

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Charles Poletti
BERJAYA
En .
Fonctions
Gouverneur de New York
3 -
Lieutenant-gouverneur de New York
-
Michael William Bray (en)
Joe Hanley (en)
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 99 ans)
Marco IslandVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Calkins Cemetery (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Parti politique
Membre de
Conflit
Distinctions
signature de Charles Poletti
Signature.

Charles Poletti, né le à Barre (Vermont) et mort le à Marco Island (Floride), est un avocat et homme politique américain.

Il a été lieutenant-gouverneur de l’État de New York, puis très brièvement gouverneur de cet état à la fin de l’année 1942, avant de jouer un rôle important dans l’administration militaire alliée en Italie entre 1943 et 1945.

Jeunesse et formation

[modifier | modifier le code]

Charles Poletti nait dans une famille italienne originaire de Pogno dans le Piémont, installée à Barre[1]. Du fait de l'existence d'une carrière de granit, il y demeure une importante communauté de tailleurs de pierre piémontais et lombards[2] dont son père fait partie[3].

Après le lycée, Charles Poletti travaille dans une boulangerie italienne mais son chef le convainc de poursuivre ses études[1]

Titulaire d'une bourse d'études à Harvard, il y fréquente la Phi Beta Kappa[3] et obtient un diplôme de premier cycle summa cum laude en économie politique, science politique et histoire en 1924[4].

Il est titulaire d’une bourse Eleonora Duse[3], fonds permettant à un Américain d'étudier l'art en Italie[5]. Il étudie à l'Université de Rome le droit romain, l'histoire du droit romain, le droit civil italien et le droit international[4], puis suit un cours à l'université de Madrid[6].

De retour à Harvard, il est diplômé en droit en 1928[6], marqué notamment par les cours de droit administratif de Felix Frankfurter[7].

Lieutenant-gouverneur et éphémère gouverneur de l’État de New York

[modifier | modifier le code]

Poletti s'engage dès ses années étudiantes contre les injustices vécues par les Afro-Américains, et en faveur des droits civiques comme trésorier de la National Urban League[7]. Plus tard, en 1939, il est élu au conseil d'administration de l'Association nationale pour l'avancement des gens de couleur[7].

Il commence à militer au Parti démocrate et participe aux campagnes électorales de la fin des années 1920[1], notamment celle d'Al Smith en 1928[3], importante figure pour Poletti[7].

Il entame sa carrière juridique au cabinet d'avocats new-yorkais Davis, Polk, Wardwell, Gardiner & Reed, dirigé par le candidat démocrate à la présidence de 1924 John W. Davis[3]. En 1930, il devient assistant juridique pour le St. Lawrence Power Development Committee[6].

Il est conseiller principal du Comité national démocrate, soutenant activement la candidature de Franklin Delano Roosevelt à la présidence en 1932[7], puis, à partir de l’année suivante, conseiller du gouverneur de l’État de New York, Herbert H. Lehman. Il en devient le bras-droit et Lehman le nomme en 1937 juge à la Cour suprême de l'État de New York pour quatorze ans, où il est délégué à la Convention constitutionnelle de l'État[4].

Il quitte prématurément cette charge pour devenir lieutenant-gouverneur de 1939 à 1942 puis gouverneur de New York le 3 décembre 1942[1], en raison de la démission du gouverneur Herbert Lehman. Il ne le reste que jusqu'au 1er janvier 1943, améliorant les programmes sociaux de l'État[6].

Il est le premier italo-américain gouverneur d'un État américain[7].

Contrairement à de nombreux Américains italiens, Poletti n'a jamais exprimé de soutien à l'arrivée au pouvoir de Mussolini. Après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, et la déclaration de guerre de l’Italie aux États-Unis, Poletti affirme son soutien sans faille aux États-Unis et il a été directeur exécutif de la Légion pour l’unité américaine, fondée en mai 1941 par des citoyens naturalisés et de première génération pour soutenir la démocratie[7].

L’Office of War Information lui demande, à l’été 1942, avec une dizaine d’Italoaméricains, de signer un appel aux Italiens et aux Américains d’origine italienne contre le fascisme. Puis, alors qu'il est gouverneur, il prononce fin décembre 1942, une allocution radio au peuple italien, les exhortant à « jeter à la fois Hitler et Mussolini »[7],[8].

Chef du gouvernement militaire allié dans l'Italie occupée

[modifier | modifier le code]

Assistant spécial du secrétaire à la Guerre Henry L. Stimpson de janvier à mars 1943[6], il a été envoyé par Franklin D. Roosevelt pour administrer les territoires occupés par les alliés[1], préféré au maire de New York, également d'ascendance italienne, Fiorello La Guardia[2].

Ayant refusé un poste supérieur avec le grade de colonel, Charles Poletti est nommé lieutenant-colonel le 8 avril dans l'armée et affecté à la Division des affaires civiles du chef d'état-major, section du gouvernement militaire des pays occupés[4].

La thèse de Roberto Faenza et Marco Fini largement reprise faisant débarquer clandestinement Poletti fin 1942 pour négocier les conditions d'un débarquement allié avec les notables et parrains de l'île est vivement contesté par le spécialiste de l'histoire de la mafia, Salvatore Lupo[9].

Il débarque en Sicile lors de l’Opération Husky avec un détachement de la septième armée en juillet 1943. Officier supérieur des affaires civiles (SCAO) dans le gouvernement militaire allié des territoires occupés dirigé par les Britanniques[7], il s'entend mal avec le chef du gouvernement militaire, Francis Rodd Rennell, celui-ci reprochant à Poletti de se mettre trop en avant, alors que l'Américain juge le général britannique trop éloigné de l'administration publique et des problématiques locales, mais aussi trop défavorable à l'hypothèse de l'avènement d'une démocratie libérale en Italie[10].

Sa mission est de suivre l'avancée des troupes américaines en remettant en place les services essentiels (eau, transports, alimentation, santé, monnaie...), remaniant l’administration locale et en organisant l’aide aux victimes civiles[1]. Il déploie sa connaissance de la politique et du droit italien et profite de sa maîtrise de l’italien[4].

Il joue de son italianité, sa religion et sa bonhomie, ainsi que de son parcours de fils d'immigrés ayant réussi. Il est convaincu de devoir restaurer les valeurs démocratiques en Italie[11].

Poletti déploie ses propres priorités en se fiant à son jugement personnel plutôt qu'aux enjeux militaires, purge les administrations des fascistes alors que les stratèges militaires anglo-américains auraient préféré conserver certains anciens responsables pour une reconstruction plus rapide[7].

Sa première tâche est de remplacer tous les potentats et préfets fascistes par des hommes sans lien avec le régime mussolinien. Les purges profondes dans l'administration créent un vide dont profitent le mouvement séparatiste et les mafieux. Ainsi Poletti a nommé l'un des chefs principaux du mouvement indépendantiste, Lucio Tasca Bordonaro, comme maire de Palerme, et Francesco Musotto, séparatiste accusé d'être proche de la mafia, en tant que premier Haut commissaire pour la Sicile. Le mafieux américano-napolitain Vito Genovese est officiellement nommé officier de liaison de l’AMG à Nola, à l’est de Naples, mais aurait été, selon certains témoignages, interprète, chauffeur et conseiller de Poletti[7].

Cette période, bien que brève, a permis à la Mafia de regagner en influence, profitant de l’opportunité historique offerte par le séparatisme sicilien et les priorités changeantes des commandements alliés[12]. Bien que Poletti ait finalement destitué certains de ces maires après la découverte de leurs antécédents criminels, ces nominations, souvent réalisées dans l’urgence de la libération, ont alimenté la théorie d’un pacte entre les Alliés et la Mafia sicilienne. Les archives de l’AMGOT révèlent pourtant que Poletti aurait surtout agi par pragmatisme : face à l’absence d’antifascistes organisés, les Américains se sont appuyés sur les séparatistes et les réseaux mafieux locaux, seuls capables d’assurer une administration immédiate dans un contexte de dissolution de l’État et de vide politique[12].

Dès janvier 1944, le lieutenant-général Walter Bedell Smith confie à Leon G. Turrou et Melvin Purvis pour enquêter sur les agissements de Charles Poletti, sans qu'ils ne trouvent d'éléments accréditant les accusations de méthodes arbitraires, d’accointances avec d'anciens fascistes, d’interventionnisme dans la politique locale et de choix faisant primer ses intérêts propres [13].

Loin du prétendu pacte, Charles Poletti confie la lutte contre le crime organisé à Vittorio Modica, policier formé auprès du préfet Cesare Mori et de Giuseppe Gueli, chef de l'Inspection de la sécurité publique en Sicile dans les années 1930[14]. Il éconduit vertement également Andrea Finocchiaro Aprile et la délégation séparatiste venus réclamer un gouvernement provisoire au nom du peuple sicilien[15].

Malgré le marché noir, l’AMGOT met fin aux restrictions économiques que subissent les Palermitains[1].

Après avoir administré la Sicile, et malgré l'opposition du général Rennell Rodd[7], il est affecté à Naples, époque où il défend contre Churchill l'implication des alliés dans la reconstruction politique italienne face à l'hostilité des partis antifascistes de revenir à un système monarchique[15].

Gouverneur de Rome libérée[1], il doit d'abord, comme à Naples, s'attaquer à la pénurie alimentaire, qu'il peine à endiguer, et une situation sanitaire si détériorée que la mortalité infantile bondit [2].

Il s'oppose aux Britanniques qui considèrent les Italiens comme des prisonniers de guerre devant être soumis à une administration militaire stricte alors que lui opte pour une approche politique et juridique incluant les antifascistes italiens, ce qui lui vaut des critiques, notamment de la part de la représentante républicaine Clare Boothe Luce, future ambassadrice américaine en Italie, qui réclame plus de fermeté[2]. Il limoge, en juin 1944, tous les chefs fascistes des agences gouvernementales en 24 heures[16]. En s'attaquant aux universitaires, il provoque l'hostilité des étudiants et déclenche un effondrement de l'image du gouvernement allié parmi les Romains[2]. Des slogans « Moins de Poletti, plus de spaghetti ! » apparaissent en ville[2]. Quand les autorités italiennes reprennent la gestion de la ville, il déplore la modération des nouveaux décrets d’épuration[2].

Il arrive à Milan fin avril 1945 dans une ville encore en pleine insurrection avec des combats entre partisans et fascistes, assistant à la pendaison du cadavre de Benito Mussolini, Piazzale Loreto et au lynchage d’Achille Starace en avril 1945[2].

Gouverneur militaire en Lombardie jusqu'à l'automne 1945, il hérite d'une situation plus complexe que dans les affectations précédentes du fait de l'importance économique de la région. Face à l'épuration radicale réclamée par les membres du Comité de libération nationale et les comités d’usine (contrôlés par les partisans), le commandement militaire américain et l’administration Truman, qui succède à Roosevelt, craignent une tentation communiste. Poletti tente donc de se positionner entre le CLN et les industriels, pour rétablir un cadre légal écartant le risque d’exécutions sommaires et des tribunaux populaires[2].

Dernières fonctions publiques

[modifier | modifier le code]
BERJAYA
Poletti à l'époque de la foire internationale de New York en 1964.

Charles Poletti rentre à New York après la guerre et a repris sa carrière juridique au sein de l'un des plus prestigieux cabinet de la ville[2].

Alors que la France, le Royaume-Uni et de l'URSS réclament des sanctions contre l’Italie vaincue, Charles Poletti dirige la fondation du Comité pour une paix juste avec l’Italie en janvier 1946 pour orienter la position du gouvernement américain. Ce comité publie dans le New York Times le mois suivant une déclaration largement reprise par la presse, puis diffuse en juin, une brochure défendant que l’Italie étant aux côtés des Alliés depuis deux ans, elle doit retrouver sa souveraineté, être dispensée de verser des réparations, récupérer sa marine et ses colonies, conserver Trieste et rejoindre l’Organisation des Nations unies[17].

De 1955 à 1960, Poletti est administrateur de la Power Authority de l'État de New York dont l'usine d’Astoria prend son nom[3].

Il assiste aux Jeux olympiques d'été de 1960 à Rome[2].

Il a été vice président aux relations internationales de la Foire internationale de New York 1964-1965[6].

Après son décès en août 2002, il est inhumé au Riverside Cemetery d’Elizabethtown[6].

Décorations

[modifier | modifier le code]

Charles Poletti a reçu plusieurs décorations, dont[3] :

Références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 (it) Edoardo Frittoli, « Charles Poletti e Mario Vinzio. Due storie di guerra in 10 chilometri », sur Panorama, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (it) Edoardo Frittoli, « Charles Poletti: il piemontese d'America che governò l'Italia in guerra », sur La Verità, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 « Charles W. Poletti papers, 1920-1991, bulk 1923-1970 », sur findingaids.library.columbia.edu (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 (en-US) « Poletti Made a Lieutenant Colonel After Refusing Higher Commission; POLETTI RECEIVES ARMY COMMISION », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  5. (en-US) « Seek Fund for Fellowship In Memory of Eleonora Duse », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  6. 1 2 3 4 5 6 7 « Charles Poletti », sur National Governors Association, (consulté le )
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en-US) Kimber M. Quinney, « “Less Poletti and More Spaghetti”: Charles Poletti and the Clash of Cultures and Priorities within the Allied Military Government, 1943-1945. – Occupied Italy », (consulté le )
  8. (en-US) Special to THE NEW YORK TIMES, « Throw Out Hitler and Mussolini, Poletti Urges Italians by Radio; POLETTI APPEALS FOR ITALIAN RISING », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  9. Salvatore Lupo, « Gli alleati e la mafia: un patto scellerato? », Meridiana, no 49, , p. 193–206 (ISSN 0394-4115, lire en ligne, consulté le )
  10. (en) Philip Boobbyer, « Lord Rennell, Chief of AMGOT: A Study of His Approach to Politics and Military Government (c.1940–43) », War in History, vol. 25, no 3, , p. 304–327 (ISSN 0968-3445, DOI 10.1177/0968344516671737, lire en ligne, consulté le )
  11. (en) Francesco Fusi, « ‘Beyond Paisans’: Italian-American service members and the Allied liberation of Italy », Modern Italy, vol. 30, no 2, , p. 177–192 (ISSN 1353-2944 et 1469-9877, DOI 10.1017/mit.2024.69, lire en ligne, consulté le )
  12. 1 2 (it) Gaetano Savatteri et Salvatore Lupo, Potere criminale: Intervista sulla storia della mafia, Gius.Laterza & Figli Spa, (ISBN 978-88-581-0252-7, lire en ligne)
  13. « Dernière heure », sur Gallica, (consulté le )
  14. Jean-Yves Frétigné, Histoire de la mafia: Au-delà des préjugés, Fayard, (ISBN 978-2-213-71410-3, lire en ligne)
  15. 1 2 « Le gouvernement provisoire en Sicile : un laboratoire pour une Italie nouvelle ? (1943-1947) », sur journals.openedition.org (DOI 10.4000/histoirepolitique.3619, consulté le )
  16. « Chronology », Current History, vol. 7, no 36, , p. 136–160 (ISSN 0011-3530, lire en ligne, consulté le )
  17. Pierre Guillen, « Le déclin de la puissance italienne à la fin de la seconde guerre mondiale », Relations internationales, no 9, , p. 3–23 (ISSN 0335-2013, lire en ligne, consulté le )

Liens externes

[modifier | modifier le code]