Bisexualité en France
La bisexualité en France contemporaine est une orientation sexuelle qui concerne une partie de la population plus ou moins vaste selon les études et la manière dont les personnes sont interrogées : si jusqu'à 22% des Français reconnaissent une attirance « pour les deux sexes »[1.1] (Ipsos, 2021), seulement environ 1% à 3% des Français se revendique spontanément comme bisexuels - auxquels peuvent être associées d'autres personnes se définissant « pansexuelles » (Ined, 2018, et INSERM, 2024)[2],[3].
En effet, seule une petite partie des personnes ressentant une attirance envers plus d'un genre, ou ayant entretenu des relations sexuelles avec des partenaires de genre différents, se définissent comme étant bisexuelles[2]. Comme dans d'autres pays, la bisexualité en France reste encore globalement invisibilisée et sujette à de nombreux clichés dévalorisants, y compris au sein des cercles LGBT[4]. Un mouvement bisexuel émerge progressivement - l'association pionnière Bi'Cause est créée en 1997 - afin de lutter pour les droits des personnes concernées, et tenter de lutter contre l'invisibilisation qui les frappe.
Dans les années 2020, la bisexualité est en revanche davantage affirmée chez les Françaises et au sein de la jeunesse que dans la population générale : 9,6 % des femmes et 4,3 % des hommes de 18 à 29 ans se déclarent bisexuels en 2023, contre 2,8 % des femmes et 2,3 % des hommes dans la population générale[3].
Études et statistiques dans la France contemporaine
[modifier | modifier le code]Avant Mai 68, l'historien Régis Revenin met en avant une importante fluidité sexuelle dans la jeunesse française, sans que les pratiques sexuelles ne se traduisent en identité perçue : « sans que cela dise quoi que ce soit de leur identité future, nombre de jeunes prolétaires, qui ne se définissent pas (ni comme hétérosexuels, encore moins comme bisexuels), ont des pratiques homosexuelles (et hétérosexuelles aussi). Il n’y a pas encore de lien automatique entre une pratique sexuelle et l’assignation à une identité sexuelle[5]. »
Il est en effet connu des études scientifiques (notamment liées au suivi de la santé sexuelle des populations) qu'il existe des écarts entre le comportement sexuel et l'identité revendiquée : une majorité des hommes se revendiquant « homosexuels » ont eu aussi des relations sexuelles avec des femmes[6]. En ce sens, une enquête de 2016 menée par Rommel Mendès-Leite et Catherine Deschamps définit comme « homme bisexuel » un homme qui a ou a eu des relations sexuelles avec les deux sexes, sans considération identitaire[6]. De plus, dans cette étude, sur l'ensemble des hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes, « les homosexuels identitaires sont peu nombreux, la majorité des interviewés déclare des activités bisexuelles régulières et récentes[6]. »
Selon l'IFOP en 2016, 4% des Français (et 6% des parisiens) s'auto-définissent comme bisexuels, ainsi que 2% des Françaises (et 4% des parisiennes)[7].
Dans une étude de l'Ined de 2018, 2,7 % des personnes interrogées (3,4 % des femmes et 2,0 % des hommes) indiquent avoir une attirance pour les deux sexes. Moins de personnes indiquent avoir eu des relations avec les 2 sexes : 1,9 % du total (2,2 % des répondantes et 1,6 % des répondants)[2].
Comme dans d'autres pays[8], il n'est forcément aisé de déterminer précisément le nombre de personnes qui peuvent être considérées comme étant bisexuelles de par la sous-identification à cette sexualité : ainsi, si en 2025 18% des jeunes hommes et 37% des jeunes femmes déclarent une attirance envers plus d'un genre au cours de leur vie, seulement 4% des jeunes hommes et 14% des jeunes femmes se déclarent bisexuels ou pansexuels[9].
Selon une étude Ipsos de 2021, 22% des Français ont une attirance (plus ou moins grande) pour plus d'un genre, 63% ont une attirance uniquement pour le sexe opposé et 8% ont une attirance uniquement pour des personnes du même sexe[1].
Conditions de vie
[modifier | modifier le code]Invisibilisation
[modifier | modifier le code]Comme dans d'autres pays de la francophonie tels le Québec[10], l'invisibilisation et la marginalisation font partie des difficultés contemporaines des bisexuels français[4],[11],[12].
En 2023, seules 22% des personnes connaissent dans leur entourage (famille, amis, collègues) une personne bisexuelle, selon une étude menée internationale par l'Ipsos[13]. C'est 4 points de moins que la moyenne des sondés interrogés dans les 30 pays de l'étude, et 25 points en dessous des sondés au Brésil, pays où la bisexualité est la plus socialement visible de l'ensemble du panel[13].
Biphobie, hostilité et stéréotypes négatifs
[modifier | modifier le code]Selon l'association SOS Homophobie en 2025, « les personnes bisexuelles et pansexuelles ont comme particularité d’être à la croisée de plusieurs mondes [...] Leur invisibilisation ne les protège pas des différentes formes de violences – bien au contraire, elle les y expose davantage[14]. »
Les bisexuels français peuvent ainsi faire l'objet de discriminations et d'hostilités venant à la fois des hétérosexuels et des communautés gay ou lesbienne[15].
Une plus grande auto-identification dans la jeunesse
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Selon une étude de l'Ined de 2025, entre 2015 et 2023 le nombre de jeunes adultes se définissant comme étant bisexuels (« attiré par les personnes des deux sexes ») et pansexuels (attirés par des personnes « quel que soit leur genre ») est multiplié par six[16].
Il ne s'agit pas d'un phénomène uniquement français ; des études ont prouvé dans les années 2010 et 2020 que la bisexualité est davantage revendiquée dans la jeunesse (millenials et plus encore gen Z) au Royaume-Uni[17], en Suède[18], aux États-Unis[19].
Associations et militantisme
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Dans les années 1960-1970, les premiers militants et militantes bisexuels s'investissent dans des collectifs gays ou lesbiens et ne forment pas de collectif spécifiquement bisexuel ; ainsi, dans les années 2010, « il est difficile pour une personne bisexuelle de se rattacher à un groupe ou à un collectif avec un passif historique et des luttes communes »[20].
Un « Groupe Bi » prend forme en France en [21], puis se structure en association, Bi'Cause, en 1997[22]. La sociologue et anthropologue Catherine Deschamps en est la co-fondatrice[23]. Ses statuts indiquent que cette association se donne pour but de « favoriser l'émergence d'une identité bisexuelle », lutter contre la biphobie, soutenir les bisexuels, informer le grand public sur les thématiques liées à la bisexualité, et contribuer à lutter contre les infections sexuellement transmissibles par de la prévention[22].
En 2022, le mouvement du Réveil Bi mène à la création d'une dizaine de collectifs à Paris et en région, sous l'impulsion de Floralie Resa et son Manifeste pour un réveil bi[24],[25].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ « LGBT+ Pride 2021 Global Survey - A 27-country Ipsos survey »
, sur Ipsos, (consulté le )- ↑ p.7 ; cela inclut les personnes aux attirances majoritairement (mais pas uniquement) pour l'autre sexe, pour le même sexe, et pour les deux sexes, entendus ici comme hommes et femmes. Les questions n'incluent pas les personnes non binaires.
- 1 2 3 Mathieu Trachman, Tania Lejbowicz, et l'équipe de l'enquête Virage, « Les personnes qui se disent bisexuelles en France », sur Ined, (consulté le )
- 1 2 Collectif, « Premiers résultats de l’enquête CSF-2023 », Inserm - ANRS - MIE, (lire en ligne)
- 1 2 « « On m’a fait comprendre que je n’étais pas assez gay » : sur la bisexualité, des préjugés qui persistent », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
- ↑ « A quoi ressemblait la sexualité des adolescents avant 68 ? », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
- 1 2 3 Maks Banens, « Explorer la marge de la marge : Rommel Mendès-Leite, pionnier des études homosexuelles en France », dans Rommel Mendès-Leite, Des mots, des pratiques, des risques, Presses universitaires de Lyon, (lire en ligne), p. 5-20
- ↑ « Paris, ville lumière, ville de débauche ? - L'observatoire de la vie sexuelle des Parisiens »
, sur Ifop, - ↑ (en) Meg Barker, Christina Richards, Rebecca Jones, Helen Bowes-Catton, Tracey Plowman, « The Bisexuality Report: Bisexual inclusion in LGBT equality and diversity »
, sur The Open University : « It is extremely difficult to determine the number of bisexual people due to both a lack of research and different definitions of bisexuality. If the term is defined narrowly, for example as the number of people who self-identify as ‘bisexual’ on a national UK survey, then the proportions tend to be small. If the term is defined as broadly as all people who have ever had an attraction to more than one gender then it may include a significant minority, or even a majority, of the population. » - ↑ Tania Lejbowicz, Wilfried Rault, Mathieu Trachman, l'équipe Envie (The ENVIE team), « Homo, bi et non binaires : quand les jeunes questionnent l’hétérosexualité », sur INED, (consulté le )
- ↑ (fr-CA) Caroline Lavigne, « Bisexualité : un silence persistant malgré une plus grande visibilité LGBTQ+ », sur Fugues, (consulté le )
- ↑ « Bisexualité : comment se défaire de la chape d’invisibilité ? », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « En marge chez les LGBT comme chez les hétéros, les bisexuels veulent sortir du placard : « Tout nous dit qu’on n’existe pas » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) « La part moyenne de la population LGBT+ dans le monde s'élève à 9% », sur Ipsos, (consulté le ), p. 12
- ↑ « À cause de la biphobie, ces personnes bi ne se sentent à leur place nulle part », sur Le HuffPost, (consulté le )
- ↑ « Pourquoi la bisexualité reste-t-elle mal acceptée en France? », sur 20 Minutes, (consulté le )
- ↑ « De plus en plus de jeunes Français questionnent leur sexualité, selon une étude », sur TF1, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Alexandra Topping, « One in 10 young adults in UK identify as lesbian, gay or bisexual – ONS », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) Willi Zhang, « Why has bisexual identity doubled in one European city – and what does it tell us about global trends? », sur The Conversation, (consulté le )
- ↑ (en) Bil Browning, « Gen Z most likely to identify as queer or bisexual », sur LGBTQ Nation (consulté le )
- ↑ Félix, « De l’invisibilité comme ressource et comme liberté : le cas des bisexualités », sur les 3 sex, (consulté le )
- ↑ Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 11
- 1 2 Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 118
- ↑ Stéphanie Ouillon, Quelle bisexualité radicale : Sur les traces de la bisexualité politique en France, Tahin Party, , p. 29
- ↑ Gabriel-le, « Appel à communications - Perspectives bi/pan+. Les plurisexualités hier, aujourd’hui et demain », sur Bi'Cause, (consulté le )
- ↑ Camille Teste, Embrasser la bisexualité, les Renversantes, (ISBN 978-2-488051-01-9), p. 139-164
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Mathieu Trachman, Tania Lejbowicz, et l'équipe de l'enquête Virage, « Les personnes qui se disent bisexuelles en France », sur Ined, (consulté le ).

- Collectif, « Premiers résultats de l’enquête CSF-2023 », Inserm - ANRS - MIE, (lire en ligne).

- Stéphanie Ouillon, Quelle bisexualité radicale : Sur les traces de la bisexualité politique en France, Tahin Party,
