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Phonétique historique

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Phonétique historique
BERJAYA
Évolution du mot « abricot » passant d'une langue à une autre.
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La phonétique historique (ou phonologie diachronique) est une branche de la linguistique historique qui étudie, dans une perspective diachronique, les changements affectant les systèmes phonologiques des langues au cours du temps. Elle analyse la nature, les mécanismes et les régularités des changements phonétiques et phonologiques observés dans l’histoire des langues[1],[2].

Discipline centrale de la linguistique comparée, elle fournit les outils permettant d’identifier les correspondances phonétiques régulières[3], de reconstruire des états linguistiques antérieurs et d’expliquer les évolutions phonologiques attestées dans les familles de langues[4].

Les langues sont en évolution constante

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Chaque langue peut être considérée en synchronie : elle présente, à un moment donné, un ensemble de traits : la syntaxe (organisation des énoncés selon des règles grammaticales), le lexique (ensemble des lemmes), la morphologie (formes et flexions, telles que la conjugaison ou la déclinaison) et le système phonologique (inventaire des phonèmes) [5].

L’étude diachronique montre que ces systèmes évoluent continuellement : les états successifs d’une langue peuvent différer fortement les uns des autres. Ainsi, le français du XIIe siècle présente des structures phonologiques, morphologiques et syntaxiques différentes de celles du français des XIVe, XVIe ou du XXe siècle[6],[7]. La variation diachronique est un phénomène universel : toutes les langues changent au cours du temps, comme l’a établi la linguistique historique depuis le XIXe siècle[8].

Les langues évoluent pour de nombreuses raisons. L’un des facteurs majeurs tient au mode de transmission : lorsqu’une langue se transmet principalement par voie orale, comme c’est le cas pour la majorité des langues du monde, les formes linguistiques se modifient progressivement au fil des générations. La transmission imparfaite, les variations individuelles de prononciation, les innovations lexicales ou morphologiques et les « erreurs » perçues comme telles par les locuteurs contribuent à ces changements[9].

Chaque génération acquiert ainsi une langue légèrement différente de celle de ses prédécesseurs. Dans les sociétés contemporaines, la diffusion de normes linguistiques écrites et l’exposition massive aux médias tendent à réduire la variation locale, sans toutefois l’éliminer[10]. Pendant des siècles, en revanche, les locuteurs n’étaient exposés qu’aux usages de leur communauté immédiate, ce qui favorisait la diversification dialectale : en l’absence de comparaison avec d’autres variétés, les divergences passaient inaperçues et pouvaient se renforcer[11].

C’est dans ce contexte que se sont développées en France de nombreuses variétés régionales, souvent qualifiées de manière péjorative de « patois », avant que l’une d’entre elles — le français standard — ne s’impose progressivement comme langue commune à partir de l’époque moderne[12].

Les phonèmes d’une langue évoluent eux aussi de manière continue. Une grande partie de ces changements s’explique par des phénomènes de réduction articulatoire : les locuteurs tendent à optimiser leurs mouvements articulatoires afin de produire les sons avec un effort minimal tout en maintenant l’intelligibilité[13]. Cette tendance, observable dans toutes les langues, conduit à des ajustements progressifs des segments, en particulier lorsque deux sons sont en contact.

Ces ajustements relèvent notamment de la coarticulation et de l’assimilation, processus par lesquels un son adopte tout ou partie des traits articulatoires d’un son voisin. Par exemple, dans une séquence telle que /a n p/, la réalisation rapide peut conduire à une prononciation de type /a m p/, les consonnes /m/ et /p/ partageant le même point d’articulation bilabial. Ce type d’assimilation, largement attesté dans les langues du monde, résulte de contraintes articulatoires naturelles et opère de manière inconsciente pour les locuteurs[14].

L’assimilation n’est qu’un exemple parmi de nombreux mécanismes de changement phonétique, qui incluent également la dissimilation, la métathèse, l’épenthèse, l’élision ou encore la réduction vocalique. Une présentation générale de ces processus est disponible dans la liste des principales modifications phonétiques[15].

Parmi les différents mécanismes de changement phonétique, ceux qui affectent les phonèmes ne se produisent pas de manière aléatoire : ils répondent à des pressions articulatoires et perceptives qui tendent à maintenir un équilibre fonctionnel dans le système phonologique. D’un côté, les locuteurs cherchent à réduire l’effort articulatoire, ce qui favorise des phénomènes tels que la coarticulation, l’assimilation ou la réduction segmentale[13]. De l’autre, les systèmes linguistiques doivent préserver des contrastes suffisants pour éviter les ambiguïtés perceptives, ce qui peut conduire à des processus inverses comme la dissimilation ou le renforcement de certains traits distinctifs[14].

Ces deux tendances — réduction articulatoire et maintien des oppositions fonctionnelles — empêchent les langues d’évoluer vers une simplification extrême. Si un système phonologique se réduisait à un très petit nombre de phonèmes, il faudrait compenser par des mots beaucoup plus longs pour assurer la diversité lexicale, ce qui irait à l’encontre de l’économie articulatoire. Les langues se stabilisent donc autour d’un compromis entre effort minimal et efficacité communicative, équilibre observé dans toutes les familles linguistiques[16],[17].

Bien que les changements phonétiques s’observent généralement sur plusieurs siècles, les langues continuent d’évoluer à l’époque contemporaine. Les transformations en cours sont souvent difficiles à percevoir à l’échelle d’une vie, mais certaines tendances émergentes peuvent être observées dans l’usage spontané[18].

En français contemporain, plusieurs études de sociophonétique ont mis en évidence des phénomènes de frication ou de palatalisation en position finale, notamment après les voyelles antérieures /i/, /y/ ou /e/. Dans certaines variétés, on observe ainsi l’apparition d’une légère fricative palatale sourde [ç] en fin de groupe prosodique, comme dans bonne soirée ou bonne nuit, parfois réalisées [bɔn swaʁeç] et [bɔn nɥiç][19]. Ce type de variation, encore instable et non généralisé, relève de processus articulatoires bien attestés dans les langues du monde, tels que la palatalisation post‑vocalique ou la frication d’occlusives en position affaiblie[20].

Il est toutefois impossible de déterminer à ce stade si ces réalisations aboutiront à un changement phonologique durable. Les innovations phonétiques ne se stabilisent que lorsqu’elles sont adoptées par une part significative de la communauté linguistique et intégrées au système, ce qui peut prendre plusieurs générations[21].

Notions fondamentales

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Note : conformément à la tradition qui prévaut en linguistique comparée, les transcriptions phonétiques ne suivent pas l'alphabet phonétique international mais, selon les familles de langues : le système de Bourciez pour les langues romanes, la transcription des germanistes pour les langues germaniques, la transcription des langues indiennes pour le sanskrit, etc.

Les premières formulations explicites du caractère régulier des changements phonétiques remontent au XIXe siècle, avec les travaux des Néogrammairiens. Le slaviste August Leskien a notamment affirmé le principe de l’Ausnahmlosigkeit der Lautgesetze, c’est‑à‑dire la « régularité des lois phonétiques », selon lequel les changements sonores se produisent de manière systématique dans des contextes donnés[22]. Ce principe, repris et développé par les linguistes comparatistes, constitue l’un des fondements de la méthode comparative moderne[23].

La régularité des correspondances phonétiques distingue la phonétique historique des autres domaines de la linguistique : les évolutions sémantiques, morphologiques ou syntaxiques ne suivent pas de lois aussi strictes ni aussi systématiques. C’est pourquoi l’identification de correspondances phonétiques régulières demeure la pierre angulaire de la reconstruction linguistique et de l’établissement des relations génétiques entre langues[24],[25].

Seuls les sons suivent des changements réguliers

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Les changements réguliers ne s’observent de manière systématique que dans le domaine des sons. En effet, si le sens des mots évolue lui aussi constamment, les évolutions sémantiques ne suivent pas de règles strictes et prévisibles. Ainsi, rien ne permettait d’anticiper que le latin rem chose ») donnerait en français rien absence de quelque chose »), ou que passus pas ») aboutirait à la fois à pas (nom) et à pas (adverbe de négation). Les évolutions sémantiques sont généralement irrégulières et varient d’une langue romane à l’autre[26].

Il en va de même pour les autres domaines linguistiques, tels que la syntaxe ou la morphologie : leurs évolutions ne suivent pas de lois aussi strictes que celles observées en phonétique historique. Par exemple, rien ne permettait de prévoir que le français développerait une négation bipartite (il ne veut pas), ni que le castillan formerait deux imparfaits du subjonctif à partir de deux temps latins distincts. Ces changements reflètent des dynamiques internes propres à chaque langue et ne présentent pas la régularité des correspondances phonétiques[27].

C’est pourquoi l’étude des grandes tendances évolutives des langues repose principalement sur l’analyse phonétique et phonologique : seuls les changements sonores se produisent de manière suffisamment régulière pour permettre la reconstruction linguistique et l’établissement de relations génétiques entre langues[23],[25].

La notion de loi phonétique

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Le point de départ de la phonétique historique repose sur l’observation de correspondances régulières entre les sons de langues apparentées. Ainsi, dans un grand nombre de cas, les voyelles grecques ε et ο correspondent au a du sanskrit, comme dans « grec πατέρ- = skt. pitár- » (« père ») ou « grec δρυμός » (« forêt de chênes ») = skt. drumás arbre »). Ces exemples illustrent que les correspondances portent sur les sons, non sur les sens : les significations peuvent diverger indépendamment des évolutions phonétiques[28].

Un autre exemple classique concerne le latin rēs, le français rien et le sanskrit rāyás. Bien qu’ils remontent à un même étymon indo‑européen, leurs sens ont divergé (« chose », « absence de chose », « richesse »). Cette variation sémantique, impossible à systématiser, montre que seules les évolutions phonétiques présentent une régularité exploitable pour la reconstruction[25].

Dans un contexte donné, les changements phonétiques se produisent de manière régulière et mécanique, ce qui permet d’établir des correspondances formelles entre les phonèmes de différents états d’une même langue ou entre langues issues d’un ancêtre commun. Cette régularité justifie l’emploi du terme de « loi phonétique » pour décrire ces correspondances[24].

C’est l’étude systématique de ces correspondances qui a permis d’identifier les familles de langues et de démontrer, par exemple, que les langues indo-européennes descendent toutes d’un ancêtre commun, l’indo‑européen[23].

D’autre part, les modifications phonétiques ne s’appliquent qu’à des périodes précises de l’histoire d’une langue et dans certains dialectes : aucune loi n’est universelle ni intemporelle. Ainsi, en grec ancien, la sifflante /s/ s’amuït entre voyelles, comme dans τεῖχος (« rempart »), dont le génitif attendu *τείχεσος devient τείχεος, puis τείχους par contraction[29]. Cette loi est propre au grec : en latin, un /s/ intervocalique évolue régulièrement en /r/ (phénomène de rhotacisme), comme dans honoshonor au génitif honoris[30].

De plus, la loi grecque de l’amuïssement de /s/ n’a été active qu’à une certaine époque. Le mot πόσις (« époux ») conserve un /s/ intervocalique parce que celui‑ci provient d’une évolution plus récente : /t/ > /ts/ > /s/ devant /i/ (processus d’assibilation)[31]. Autrement dit, lorsque de nouvelles sifflantes sont apparues entre voyelles, la loi d’amuïssement ne s’appliquait déjà plus.

Un phénomène comparable se rencontre dans les langues celtiques. Dans le celtique ancien, le phonème indo‑européen *p s’est amuït, ce qui explique que *ph₂ter- père ») donne athir en vieil irlandais, tandis que le latin pater, le grec πατέρ‑ et le sanskrit pitár‑ conservent le /p/[32]. En revanche, dans les langues celtiques dites « P » (comme le gallois), le groupe *kʷ a évolué en p, comme dans pedwar quatre ») issu de *kʷetwōr[33]. Le /p/ de ces langues est donc un phonème secondaire, apparu après l’amuïssement du *p indo‑européen.

Ces exemples montrent que les lois phonétiques sont strictement conditionnées par le contexte et la chronologie : « *kʷ > p » doit nécessairement être postérieur à « *p disparaît ». Les langues celtiques‑Q (comme l’irlandais) conservent quant à elles le *kʷ originel, et leurs /p/ modernes proviennent d’évolutions encore plus récentes (par exemple de /b/ devant /h/ ou d’emprunts). L’étude comparative permet ainsi d’établir une véritable chronologie relative des changements phonétiques.

Enfin, les évolutions phonétiques sont inconscientes et graduelles : les locuteurs n’ont pas l’impression de modifier les sons qu’ils produisent, et les changements ne deviennent perceptibles qu’après plusieurs générations. Dans les sociétés contemporaines, la diffusion d’une norme linguistique par l’école et les médias rend les locuteurs plus conscients de leurs usages, ce qui tend à ralentir la propagation des innovations[18]. Les descriptions du type « tel phonème donne tel phonème » ne sont donc que des simplifications : les changements réels sont continus et passent par une série d’étapes intermédiaires.

Un exemple classique est l’évolution du groupe latin /tj/ devant voyelle, qui aboutit en français moderne à /s/. Ainsi, fortia /fortja/ devient force /fors/. Cette évolution résulte d’une succession de transformations progressives, que l’on peut schématiser ainsi[34],[35] :

  • /tja/ → /cʲa/ : le /t/ se palatalise au contact de /j/ (processus d’assimilation), donnant une occlusive palatale ;
  • /cʲa/ → /c͡sa/ : l’occlusive palatale se relâche en fin d’articulation, produisant une frication secondaire (début d’affrication) ;
  • /c͡sa/ → /t͡sa/ : l’articulation se déplace vers l’avant, rapprochant l’occlusive du lieu de la frication ;
  • /t͡sa/ → /sa/ : l’affriquée se simplifie en une fricative alvéolaire /s/ ;
  • parallèlement, la voyelle /a/ évolue vers /ə/ en position atone (e caduc).

Ainsi, fortia aboutit régulièrement à force. Ce type de chaîne évolutive illustre le caractère graduel des changements phonétiques : les lois phonétiques décrivent le résultat final, mais celui‑ci est toujours le produit d’une série d’ajustements progressifs[36].

Pour résumer, on peut dégager plusieurs principes fondamentaux concernant les modifications phonétiques étudiées par la phonétique historique :

  • elles ne s’appliquent qu’à des périodes précises de l’histoire d’une langue et dans certains dialectes : aucune loi phonétique n’est universelle ni intemporelle[23] ;
  • lorsqu’un phonème X évolue régulièrement en un phonème Y, **toutes** les occurrences de X dans les mêmes conditions doivent suivre la même évolution. Les exceptions apparentes doivent pouvoir être expliquées par l’application d’une autre loi, par des facteurs morphologiques ou par l’analogie, mécanisme central en linguistique comparée[24] ;
  • le changement phonétique est un processus **inconscient** et **graduel**, caractéristique des langues vivantes. Il coexiste avec d’autres types d’évolution (sémantique, morphologique, syntaxique), mais seul le changement sonore présente une régularité exploitable pour la reconstruction[25],[18].

Les modifications phonétiques sont souvent qualifiées de « lois » lorsqu’elles décrivent des processus importants et systématiques. On distingue généralement trois types de lois phonétiques :

  • les lois inconditionnées, qui s’appliquent automatiquement dans tous les contextes pertinents (par exemple, le rhotacisme latin /s/ > /r/ entre voyelles) ;
  • les lois conditionnées, qui ne se manifestent que dans un environnement phonétique particulier (par exemple, la palatalisation de /k/ devant /i/ ou /e/) ;
  • les lois sporadiques, plus irrégulières, qui affectent un nombre limité de formes et ne suivent pas un schéma strict, bien qu’elles puissent parfois être expliquées par des facteurs articulatoires ou analogiques[37].

La notion de loi contestée

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Jean Aitchison a remis en question la notion de « loi phonétique » en s’appuyant sur les travaux de la sociolinguistique variationniste, qui montrent que les changements phonétiques se diffusent de manière progressive et inégale au sein d’une même communauté linguistique[38]. Les études de sociophonétique ont en effet mis en évidence que les innovations ne touchent pas simultanément tous les locuteurs ni toutes les formes lexicales.

En anglais, par exemple, la variation entre les formes en -in et -ing du gérondif dépend du registre de langue et de facteurs sociaux, comme l’a montré Jenny Cheshire dans ses travaux sur le quartier de Reading[39]. De même, l’étude de Martha's Vineyard par William Labov a montré que la réalisation de la diphtongue /aɪ/ varie selon l’identité locale et les attitudes sociales des locuteurs[40]. Ces phénomènes illustrent que les changements phonétiques ne se propagent pas uniformément, contrairement à ce que suggère une interprétation stricte des lois phonétiques.

Aitchison souligne également que certains changements suivent une diffusion lexicale : ils commencent dans les mots les plus fréquents ou les plus exposés, puis s’étendent (ou non) à d’autres formes. Elle cite notamment l’exemple du chinois moyen, où la nasalisation des voyelles apparaît d’abord dans les séquences an, en raison de contraintes articulatoires, avant de s’étendre à d’autres voyelles devant nasale[41]. Un changement peut ainsi débuter chez un petit nombre de locuteurs, se diffuser progressivement, puis parfois s’arrêter avant d’avoir affecté toutes les formes théoriquement concernées.

Enfin, Aitchison rappelle qu’un système phonologique ne peut pas évoluer simultanément dans trop de directions : les changements s’ordonnent chronologiquement et interagissent entre eux, ce qui limite leur extension et leur vitesse[42].

Principaux types de changements et leur notation

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1. A > B (le phonème A devient le phonème B)
Cette notation indique qu’un phonème A, attesté à un stade ancien d’une langue, évolue régulièrement en un phonème B à un stade plus récent. L’inverse peut se noter « B < A », c’est‑à‑dire « B provient de A ».
Exemple 1 : indo‑européen *bʰ > grec ph (φ) (dévoisement des sonores aspirées)[43].
Lorsque le changement est conditionné, les contextes doivent être indiqués après une barre oblique, selon une notation standard où le segment modifié est représenté par « _ ». Par exemple :
A > B / X_Y signifie « A devient B lorsqu’il est entre X et Y » (où X et Y peuvent être notés « C » = consonne, « V » = voyelle, « * » = n’importe quel segment, « s » = /s/, etc.) ;
A > B / _# signifie « A devient B en fin de mot » (« # » = frontière de mot) ;
A > B / #_[V −accent][C +fricative] signifie « A devient B en début de mot devant voyelle atone suivie d’une consonne fricative ».
Exemple 2 : indo‑européen *m > grec n / _# (neutralisation de *m en fin de mot)[44].
Exemple 3 : langues satem s > š / [r, u, k, i]_ (loi ruki)[45].
Exemple 4 : germanique commun [f, þ, χ, χʷ, s] > [β, ð, ɣ, ɣʷ, z] / [* −accent]_ (loi de Verner)[46].
2. A, B > B (les phonèmes A et B se confondent en B)
Cette notation indique que deux phonèmes distincts d’un état ancien se neutralisent dans un seul phonème B à un stade ultérieur. Le résultat est un phonème déjà existant dans le système. Ce cas se distingue de la création d’un nouveau phonème.
Exemple 1 : indo-aryen ancien [s, ś] > pāḷi s (neutralisation des sifflantes)[47].
Exemple 2 : indo‑européen [r, l] > indo‑aryen l (neutralisation des liquides dans certaines positions)[48].
Exemple 3 : indo‑européen [kʷ, k] > lituanien k (réduction des vélaires, dite « loi de réduction des vélaires »)[49].
Exemple 4 : grec ancien [ē, oi, ī, ĭ, ei, y, yi] > grec moderne i (iotacisme)[50].
3. A, B > C (les phonèmes A et B se confondent en un nouveau phonème C)
Ici, plusieurs phonèmes distincts se neutralisent dans un phonème C qui n’existait pas nécessairement dans l’état ancien. Le résultat peut être un phonème nouveau ou une valeur intermédiaire issue de la fusion.
Exemple 1 : latin classique [ē, ĭ, œ] > latin vulgaire ẹ̆ (= [e]) (fusion vocalique)[51].
Exemple 2 : latin [en, an] > ancien français ã / _(C | #) (nasalisation des voyelles devant consonne ou en fin de mot)[52].
Exemple 3 : indo‑européen [sr, wr] > grec ancien ῥ‑ / #_ (amuïssement de *s et *w devant /r/ et dévoisement de /r/ initial)[53].
4. A > Ø (amuïssement du phonème A)
L’amuïssement désigne la disparition d’un phonème, qu’elle soit conditionnée ou non. Il s’agit d’un phénomène très fréquent dans l’histoire des langues.
Exemple 1 : indo‑européen *p > vieil irlandais Ø (amuïssement systématique de *p en celtique‑Q)[32].
Exemple 2 : indo‑européen *s, *y, *w > grec ancien Ø / V_V (amuïssement des consonnes intervocaliques)[50].
Exemple 3 : latin [voyelles atones sauf /a/] > ancien français Ø / _# (amuïssement des voyelles finales latines, sauf /a/)[54].
5. Ø > A (apparition d’un nouveau phonème)
Ce cas correspond à l’apparition d’un segment nouveau, souvent par anaptyxe (insertion d’une voyelle) ou épenthèse (insertion d’une consonne), afin de faciliter la prononciation de groupes consonantiques complexes.
Exemple 1 : latin Ø > ancien français D / N_R
Insertion d’une occlusive sonore homorganique entre une nasale et une liquide :
cámĕra > cámra (amuïssement de ĕ atone) > chambre[55].
Exemple 2 : latin Ø > ancien français ĭ / #_S(K | N)
Insertion d’une voyelle anaptyxe devant les groupes initiaux /sk‑/, /sp‑/, /st‑/, /sn‑/, /sm‑/ :
scutu(m) > escut > écu[56].

Principales lois linguistiques dans les langues indo-européennes

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L’évolution phonétique dans les langues indo‑européennes obéit à un certain nombre de lois phonétiques, chacune active dans une aire linguistique ou une période donnée. Voici les principales :

  1. Loi de réduction des vélaires (indo‑européen) ;
  2. Loi des dentales en contact (indo‑européen) ;
  3. Loi de Grimm (germanique commun et arménien) ;
  4. Loi de Verner (germanique commun) ;
  5. Seconde mutation consonantique (haut allemand) ;
  6. Loi de Bartholomae (indo‑iranien) ;
  7. Loi de Brugmann (indo‑iranien) ;
  8. Loi de Caland-Wackernagel (indo‑européen) ;
  9. Loi de Grassmann (grec et indo‑iranien) ;
  10. Loi de Hirt (balto‑slave) ;
  11. Loi de Lachmann (latin) ;
  12. Loi de Leskien (balte) ;
  13. Loi de limitation (grec) ;
  14. Loi de Lindeman (indo‑européen) ;
  15. Loi de Meillet (balto‑slave) ;
  16. Loi d’Osthoff (grec) ;
  17. Loi ruki (langues satem) ;
  18. Loi de Saussure (balte) ;
  19. Loi de Siebs (indo‑européen) ;
  20. Loi de Sievers (indo‑européen) ;
  21. Loi de Rix (grec) ;
  22. Loi de Winter-Kortlandt (balto‑slave) ;
  23. Loi de Bartsch (ancien français) ;
  24. Loi des nasales spirantes ingvaeoniques (langues germaniques).

Notes et références

[modifier | modifier le code]
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  52. Peter Rickard, A History of the French Language, Routledge, , 30‑35
  53. N. E. Collinge, The Laws of Indo-European, John Benjamins, , 120‑125
  54. Peter Rickard, A History of the French Language, Routledge, , 28‑32
  55. Margaret Pope, From Latin to Modern French, Manchester University Press, , 112‑115
  56. Peter Rickard, A History of the French Language, Routledge, , 32‑35

Articles connexes

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Articles généraux

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Articles fortement diachroniques

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Bibliographie

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  • Henri Bonnard, Synopsis de phonétique historique, Paris, SEDES, 1975, 45 p..

Phonétique historique des langues romanes

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  • Mauro Maxia, Fonetica storica del gallurese e delle altre varietà sardocorse, 2012.
  • François de La Chaussée, Initiation à la phonétique historique de l’ancien français, Paris, Klincksieck, 1983, (ISBN 978-2252026915).
  • Gaston Zink, Phonétique historique du français, Paris, PUF, 1986.

Liens externes

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