close
Aller au contenu

Latin lover

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
BERJAYA
Rudolph Valentino, le latin lover original, qui illustre parfaitement l'archétype
BERJAYA
Charles Boyer, créateur du cliché du « séducteur français »
BERJAYA
Antonio Banderas, l'une des dernières incarnations du type

Le latin lover est un personnage type stéréotypé du cinéma américain. Il apparait pour la première fois à Hollywood dans les années 1920 et perd largement en popularité durant la Seconde Guerre mondiale. Avec le temps, le genre évolue, développant diverses variantes locales et incorporant graduellement d'autres attributs que les caractéristiques physiques définies à l'origine[1].

Caractéristiques

[modifier | modifier le code]

Le latin lover est le premier type d'acteur masculin dans l'histoire du cinéma dont le comportement et le destin sont liés à ses relations amoureuses avec une femme, d'où le terme « lover ». Cependant, dans sa représentation initiale, le terme de « séducteur » est plus approprié[1].

Les caractéristiques majeures du latin lover comprennent :

  • apparence : il est toujours séduisant ou, selon les standards de l'époque, d'aspect différent ou atypique.
  • comportement : la façon dont il conquiert les femmes, dont il éblouit, dont il focalise l'attention, et certaines manières caractérisées par des débordements de passion, des danses, etc.
  • type de rôles ; il s'agit généralement d'un romantique, d'un héros exotique et étranger, généralement d'un personnage historique ou littéraire, souvent la victime d'une intrigue qui rend la liaison vouée à l'échec.
  • genre : principalement des mélodrames, et s'il s'agit d'un autre type de film, il doit avoir des connotations mélodramatiques[1].

À son apparition, le latin lover s'oppose au personnage type masculin alors dominant à Hollywood, un homme d'action, qui représente un combattant pour la justice, la liberté ou une autre cause. Dans le même temps, le latin lover est le premier personnage type distinctement non américain.

C'est le résultat de plusieurs facteurs : une crise de confiance en la suprématie masculine suite aux horreurs de la Première Guerre mondiale, l'émancipation croissante des femmes, mais aussi les efforts d'Hollywood pour conquérir les marchés cinématographiques d'Europe, dont le public est alors jugé plus raffiné. Les attributs non américains de ce type de personnage et le fait qu'un nombre notable d'acteurs européens ont effectué leur carrière à Hollywood, conduisent certains historiens du cinéma, comme Enno Patalas, à préférer le terme « stranger » à celui de « lover »[1].

Historique du personnage type

[modifier | modifier le code]

Rudolph Valentino comme symbole du latin lover

[modifier | modifier le code]

En raison de la conception américaine de ce à quoi doit ressembler un latin lover (cheveux noirs, teint plus foncé), les premiers représentants de ce type sont d'origine sud-européenne ou latino-américaine. Le premier est Rudolph Valentino, d'origine italienne. Le réalisateur George Fitzmaurice, qui dirige Valentino dans plusieurs de ses films, joue un rôle très important dans le lancement du personnage du latin lover. Valentino est universellement considéré comme le représentant suprême du genre dans l'histoire du film[1].

En 1921, il joue dans Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse de Rex Ingram. Bien qu'il ne soit pas la vedette du film, car il joue un amant adultère français tué durant la Première Guerre mondiale, il devient immédiatement une vedette en tant que « séducteur parfait » d'Hollywood. Rapidement, l’aura médiatique du latin lover se développe autour de lui. Pour les spectatrices féminines, il devient un symbole de masculinité, de passion et d'érotisme mystique, un séducteur qui conquiert les femmes rien qu'en les regardant. Les cinéphiles masculins, en revanche, le considèrent comme artificiel, notant ses manières féminines et même son jeu d'acteur grotesque. Pourtant, Valentino, en tant que latin lover, est la première star masculine à « amener les femmes à l'extase », car jusque là, seules ses homologues féminines, les femmes fatales, existent dans les films hollywoodiens[2].

Malgré les attaques continues de la presse à scandale, lesquelles incluent des accusations d'homosexualité et de lesbianisme, qui entravent sa carrière, les films de Rudolph Valentino rapportent des bénéfices sans précédent[2]. Symbole de ce qu'un amoureux peut être et à quoi il peut ressembler dans les années 1920, son énorme popularité est renforcée par sa vie personnelle hors du commun et par le fait qu'il est la première star masculine dont la vie privée est comparable à celle des personnages qu'il incarne. Le mythe de Valentino est scellé par sa mort prématurée à l'âge de 31 ans[1]. Celle-ci aurait causé une panique massive, l'évanouissement de nombreux fans et de collègues actrices, ainsi que le suicide présumé de plusieurs femmes. Ses funérailles rassemblent près de 100 000 personnes[2]. D'autres acteurs catalogués dans ce type de rôle suivent, tels que Ramón Novarro, Ricardo Cortez, Antonio Moreno, Gilbert Roland, Rod La Rocque et Adolphe Menjou, ce sont les premiers à apporter une part de cynisme au personnage[1].

Variations géographiques autour du personnage du latin lover

[modifier | modifier le code]

Avec le gain rapide en popularité des latin lovers auprès du public, les caractéristiques « non-latines » se multiplient, donnant lieu à des variations autour de ce personnage type. L'utilisation du terme « stranger » à la place de « lover » se répand. En Grande-Bretagne, l'initiateur du mouvement est Ivor Novello ; Ronald Colman y ajoute l'anglicité, créant ainsi le personnage type du gentleman anglais. Les variations d'Europe centrale et d'Allemagne sont représentées par Erich von Stroheim et Conrad Veidt, tandis qu'un exemple russe très populaire est Ivan Mosjoukine[1].

Dans la catégorie des acteurs américains de la dernière période du muet, presque sans concurrence avec d'autres acteurs, le type est incarné par John Barrymore et John Gilbert. À l'époque du cinéma sonore, les acteurs américains les plus populaires du genre sont William Powell, Fredric March, Melvyn Douglas ainsi que Robert Taylor et Tyrone Power qui connaissent un succès commercial considérable.

En parallèle, le cliché du « séducteur français » est créé par Charles Boyer, tandis que les acteurs populaires britanniques, avant la Seconde Guerre mondiale, sont Laurence Olivier, Leslie Howard, Robert Donat, David Niven et James Mason. Les Britanniques ajoutent en général beaucoup plus de réalisme au type, tandis que Mason représente un dérivé un peu « sadique ». Massimo Girotti est une version italienne du personnage[1].

Bien que des acteurs comme Douglas Fairbanks et Anthony Quinn soient parfois placés dans cette catégorie[3],[4], ils appartiennent en réalité au type spadassin[1].

Après la Seconde Guerre mondiale

[modifier | modifier le code]

L'émergence de la Seconde Guerre mondiale rend ce personnage type obsolète, de sorte qu'après la fin de la guerre, seuls de rares acteurs apparaissent dans ce style, et seulement pendant une courte période de leur carrière : Louis Jourdan et Gérard Philipe à la fin des années 1940, Tony Curtis et Rossano Brazzi dans les années 1950 et Omar Sharif à la fin des années 1960. Marcello Mastroianni fait un peu de comédie mais parodie aussi très efficacement le personnage dans plusieurs films, alors qu'il n'est que partiellement représenté par Robert Redford, Burt Reynolds, Gérard Depardieu et Michael York dans les années 1970. Cependant, le genre survit jusqu'aux années 1980 dans le cinéma sud-américain[1] et est relancé dans une certaine mesure dans les années 1990 avec Antonio Banderas[5].

Parmi les autres latin lovers du cinéma mondial, ayant joué ce rôle durant une partie ou la totalité de leur carrière, figurent Warner Baxter, Iván Petrovich, Pierre Blanchar, George Raft, Cesar Romero, Fernando Lamas, Ricardo Montalbán, Sal Mineo, John Gavin, George Hamilton[1],[5],[6], Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Al Pacino, Sylvester Stallone, John Travolta, Andy Garcia[4], Olivier Martinez[7] et Vincent Perez[3].

Au fil du temps, le terme s'étend à d'autres arts, comme la musique, avec comme représentants typiques Julio Iglesias et son fils Enrique Iglesias[6].

Références

[modifier | modifier le code]
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Latin lover » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Filmska enciklopedija, Vol. II, page 20-21, Jugoslavenski leksikografski zavod Miroslav Krleža, Zagreb,
  2. 1 2 3 Filmska enciklopedija, knjiga II, Zagreb, Jugoslavenski leksikografski zavod Miroslav Krleža, , p. 660
  3. 1 2 (en) Deborah Hornblow, « Why The Latin Lover Is Hollywood's Type », Orlando Sentinel, (lire en ligne)
  4. 1 2 (en) Victoria Thomas, Hollywood's Latin Lovers: Latino, Italian and French Men Who Make the Screen Smolder, Angel City Press, (ISBN 978-18-8331-841-3)
  5. 1 2 (en) Thomas Schatz, Hollywood: Cultural dimensions: ideology, identity and cultural industry studies, Taylor & Francis, (ISBN 0415281318)
  6. 1 2 (en) Robert Dominguez, « Hollywood's Latin Lovers have a long and lurid history », New York Daily News, (lire en ligne)
  7. (en) « The cool look of a modern Casanova », Vogue, (lire en ligne)

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]