Injil
L'Injil (en arabe : إنجيل) est un terme arabe qui traduit le grec εὐαγγέλιον / euangélion (qui a parallèlement donné le français « évangile » via le latin euangelium). Il désigne, dans la religion musulmane, la révélation proclamée par Jésus de Nazareth (ʿĪsā) au premier siècle de l'ère chrétienne. Ce mot arabe a donné lieu à des emprunts lexicaux dans d'autres langues liées à des cultures imprégnées par l'islam, comme le swahili, le turc ou l'indonésien.
Dans l'islam
[modifier | modifier le code]L'Injil est le nom que le Coran, livre sacré de la religion islamique, donne à la révélation divine qui a été faite au prophète ʿĪsā (Jésus de Nazareth). Il s'agit de l'un des cinq livres sacrés cités par le texte coranique, lui-même compris, avec les Feuillets d'Ibrahim, la Tawrat (Torah) de Moïse (Moussa), et le Zabur (Psaumes) de David (Daoud). On trouve douze occurrences du terme Injil dans le Coran, toujours accolé au Pentateuque (Tawrat), sauf pour la dernière occurrence[1]. Le mot Injil désigne aussi les écritures saintes des chrétiens du temps de Mahomet.
La dogme islamique tient pour fondamental le fait de croire que l'Évangile est l'une des révélations faites par Allah (Dieu) à l'un de Ses prophètes et messagers avant celle du Coran à l'humanité via Mahomet, la dernière[2]. Ainsi, chaque musulman croit que tout ce que Îsâ tient d'Allah est vrai. Toutefois, rien dans l'islam ne permet de dire si l'Évangile a été écrit et compilé durant la vie du prophète Îsâ, si ce dernier l'a enseigné oralement aux gens, ou si ce sont les apôtres qui l'ont transmis, ou encore si une partie de l'Évangile a été écrite et l'autre non[3]. En outre, l'islam semble faire une distinction plutôt claire entre la révélation descendue sur le prophète Moussa (Moïse), la Tawrat, et celle descendue sur Îsâ, dans la mesure où le Coran indique clairement que la première fut mise par écrit[4]
D'après la croyance islamique majoritaire, les quatre évangiles canoniques sont une preuve que l'Évangile original révélé par Allah à Jésus a été « falsifié » (taḥrīf), spécialement en ce qui concerne la divinité de Jésus et la représentation trinitaire de Dieu. Malgré cette accusation de falsification, les textes évangéliques ont souvent été utilisés au cours de l'histoire de l'islam par des apologètes musulmans pour soutenir leurs thèses en se servant de versets bibliques qui annonceraient la venue de Mahomet (l'un des plus cités à cette fin étant le Jean 14:16[5])[6]. En revanche-, certains penseurs islamiques acceptent les quatre évangiles comme « textuellement intacts », affirmant que c'est le sens et non le texte en tant que tel qui, en tant que révélation divine, ne peut être altéré[6]. La ressemblance entre les sources de la Bible et du Coran ne peut alors plus être ramenée de façon univoque à des traductions arabes (en) des évangiles contemporains de Mahomet. Il faudrait plutôt envisager une transmission orale, notamment par l'intermédiaire des chrétiens du Yémen ou des nestoriens de Syrie, en particulier ceux d'al-Hīra. Cette hypothèse trouve d'ailleurs un appui dans les territoires du sud de l'Arabie et de l'Éthiopie, à travers certains passages évangéliques pertinents, d'autant plus que des liens étroits existaient alors entre les communautés chrétiennes yéménites et éthiopiennes[7]. Quelques hadiths s'expliquent aussi par la connaissance de transmissions bibliques. Des théologiens islamiques comme Al-Mas'ûdî et Al-Biruni ont une connaissance précise de la Bible.
Une polémique entre la théologie chrétienne et musulmane connut de nouveaux développements en 1908, quand l'Évangile de Barnabé fut traduit et diffusé en arabe. Cet évangile, « fraude pieuse » écrite au XVIe siècle par des auteurs musulmans[8], apporte une description de Jésus assez proche de la vision islamique[9]. De nombreux musulmans le considèrent ni plus ni moins authentique que les autres évangiles et certaines organisations islamiques le citent pour appuyer la conception islamique de Jésus[10].
Dans le monde chrétien arabophone
[modifier | modifier le code]À côté de l'emploi du terme Injil (arabe : إنجيل) dans le contexte islamique, les chrétiens arabophones utilisent également ce mot pour désigner l'Évangile au sens chrétien, c'est-à-dire la « Bonne Nouvelle du Salut ». Ainsi, l'« Évangile selon Matthieu » est appelé Bishārat Mattā (arabe : بشارة متّى) ou encore Injīl Mattā (arabe : إنجيل متّى).
Toutefois, une certaine ambiguïté demeure quant à la signification précise du terme, car en arabe également, injīl désigne avant tout la Bonne Nouvelle proclamée par Jésus — la bishāra (arabe : بشارة), c'est-à-dire l'annonce salvifique — plutôt que l'ensemble du Nouveau Testament chrétien.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- le site chrétien Injil sur l'évangile et le Coran,
- la question de l’auteur des évangiles sur le site musulman Aimer-Jésus.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Voir la sourate 3, versets 3, 48 et 65 ; sourate 5, versets 46, 47, 66, 68 et 110 ; sourate 7, verset 157 ; sourate 9, verset 111 ; sourate 48, verset 29 ; sourate 57, verset 27.
- ↑ Voir sur ce sujet le verset 46 de la sourate 5 et le verset 136 de la sourate 4.
- ↑ Voir ce qu’en dit en anglais le site islamique Islamqa : http://www.islamqa.com/en/ref/85280.
- ↑ Cf. sourate 7, versets 144 et 145.
- ↑ Parmi d'autres au sein de l'évangile johannique, le verset en question mentionne le « Paraclet » qui, d'après l'ensemble des Églises chrétiennes, désigne le Saint-Esprit, là où certains apologètes voient une annonce de la venue de Muhammad.
- 1 2 Thomas, David, “Gospel, Muslim conception of”, in: Encyclopaedia of Islam, THREE, Edited by: Kate Fleet, Gudrun Krämer, Denis Matringe, John Nawas, Everett Rowson.
- ↑ De Vaux renvoie à la sourate 5, verset 112.
- ↑ Luigi Cirillio, « Recherches sur la composition et l'Origine de l'Évangile de Barnabé », dans Luigi Cirillio (dir.), Évangile de Barnabé, Paris : Beauchesne, 1977, p. 247-250.
- ↑ L’Évangile selon Barnabé, de Jacques Jomier.
- ↑ cf. Jacques Jomier, L'Évangile de Barnabé, à propos d'un apocryphe, cité par Geneviève Gobillot, op. cit., 2007, p. 291.
