Louise Crombach, Hélène dans Hélène et Laurence, 1841
UN MOT DU LIVRE.
Dans cette humble histoire, j’ai essayé de révéler deux souffrances de femmes ; mais quelque réelles et graves que soient ces souffrances, je ne les aurais point imprudemment décrites, si je n’avais pu dire en même temps comment la Providence les guérit. Une femme riche qui s’ennuie, une femme pauvre qui pleure, et Dieu qui montre à toutes deux une voie de salut : voilà tout le livre.
Ce sujet ne peut avoir l’attrait d’un roman d’imagination ; mais j’ai écrit ces pages avec la conviction de mon cœur, et peut-être s’y rencontrera-t-il un peu de cet intérêt que fait naître tout ce qui vient du cœur.
I Hélène.
Laissez-moi contempler à deux genoux la tige
Qui veut se lever seule et frémit d’obéir,
Qui veut sa liberté, son plaisir, doux vertige !
Hélène de Ménal était née au village de ***, à cent lieues de Paris. Ses parents avaient une belle fortune ; mais par goût et par tradition de famille, ils faisaient valoir eux-mêmes leurs propriétés, et bien rarement ils quittaient les champs pour la ville voisine. Hélène passa donc ses premières années dans une liberté à rendre jaloux les petits oiseaux de l’air.
Le village de *** est un des mieux situés de la province ; des montagnes l’entourent, et d’espace en espace de grands rochers nus se dressent comme des forts détachés sur un mur d’enceinte. Le bon Dieu s’entend mieux que nous en fortifications ! Quand il nous emprisonne, c’est avec des murailles tapissées de vertes forêts, de champs fertiles, et d’herbes fleuries. Ses remparts derrière lesquels on peut attendre et défier l’ennemi, ont des lits de mousse sous les arbres, des épis abondants et du raisin doux. Avec ces provisions, il est facile de soutenir le siège sans trop perdre patience, car on n’a pas même à craindre de les voir s’épuiser : on a beau cueillir la branche, le raisin et l’épis ; l’arbre repousse, la vigne refleurit, et le champ de blé se dore de nouveau sous les rayons du soleil, c’est vraiment comme les murs du paradis dans les Contes de Fées ! Selon ma bonne grand’mère, le cristal des murs du ciel est de sucre candi, pour l’enfant bien sage, et plus on prend de sucre, plus les murs grandissent. Ces montagnes aussi, ne deviennent-elles pas d’autant plus fécondes que la pioche du laboureur leur demande davantage ? c’est que le ciel et Dieu sont partout.


