LA FRONTIERE SAHARIENNE DU MAROC
Que faut-il penser des revendications marocaines — ou tout au moins de l'Istiklal — , sur le Sahara ? Demandons à la géographie, physique et humaine, puis à l'histoire, politique et militaire, d'éclaircir, si possible, cette question.
I. La géographie
En 1844, après la cuisante défaite qu'il avait essuyée sur l'Isly, le Sultan du Maroc nous demanda la paix. Elle fut signée à Tanger le 10 septembre 1844. Il avait été convenu que la frontière entre l'Algérie et le Maroc serait fixée et convenue conformément à l'état de choses reconnu par le gouvernement marocain à l'époque de la domination turque. Comme cette frontière n'avait jamais été précisée, il convenait de se référer aux archives turques, dans la mesure où il pouvait en exister, et à la tradition orale. Notre principal expert, Léon Roches, ancien secrétaire particulier d'Abd- el-Kader, qui devait finir sa carrière comme consul général de France à Tunis, interroge en conséquence les chefs et les notables des tribus intéressées, ainsi qu'un vieux général turc, Mustapha ben Ismaïl, qui, sollicité de tracer une ligne sur la carte, se refuse catégoriquement à dépasser, sur les contreforts de l'Atlas Tellien, un défilé connu sous le nom de Teniet el Sassi à environ 150 kilomètres de la mer, et déclare qu'il est bien inutile de pousser plus loin une éventuelle délimitation. Ensuite, dit-il, c'est le désert, le pays qui n'appartient à personne, « es Sahara, ma tecla ila ahouad ». Ainsi devait en décider le traité de Lalla Marnia du 18 mars 1845 dans son article 6 : au sud du pays des Ksour, c'est- à-dire de Figuig, c'est le désert proprement dit, et toute délimitation y serait superflue.
Il ne s'agit, bien entendu, que des confins algéro-marocains. Ensuite s'étend, jusqu'à l'Atlantique, une région de près de 1.000




















