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Le der des ders

Vous vous souvenez sans doute de la carte publiée par Sarah Palin sur sa page Facebook pendant la campagne des dernières élections au Congrès. Elle montrait, ornées de mires de fusil à lunette, 20 circonscriptions d’élus Démocrates que les troupes du Tea Party s’engageaient à reprendre et rendre au camp Républicain.
On dira ce que l’on veut de Palin, mais personne ne peut nier son efficacité politique : sur les 20 membres de la Chambre des Représentant concernés, 18 ont perdu leur job en novembre. Parmi les deux rescapés figurait Gabrielle Giffords, atteinte d’une balle dans la tête lors de la fusillade de Tucson, la semaine dernière.
L’autre se nomme Nick Rahall, honorable Représentant de Virginie Occidentale.

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Tucson Du coeur en politique

Ce matin à l’école de mes filles à New York, les institutrices, les secrétaires, ne parlaient dans les couloirs que du discours d’Obama à Tucson. « C’était Martin Luther King », me disait l’une d’elle. Cette réconciliation, cette unité… »
Pour la première fois, je les entendais prononcer le nom du Président. Sa photo d’inauguration accueille pourtant les parents sur l’une des étagères de l’entrée de cet établissement dirigé par l’Etat fédéral. Barack et Michelle avancent bras dessus bras dessous, luttant en riant contre le vent glacial de janvier.
Le discours de Tucson aurait-il réveillé, sauvé la mystique Obama, meurtrie par deux ans de gouvernement prosaïque ? Le texte était celui d’un prêche, d’un éloge funèbre devant quelque 14000 spectateurs, pour beaucoup étudiants de l’Université d’Arizona, et j’avoue avoir parfois jugé incongrues, bizarres et presque vulgaires les ovations qui ponctuaient son allocution. Obama lui même semblait gêné par ces effusions durant les premières minutes. Mais le retour au registre émotionnel était nécessaire, indispensable au salut d’une Présidence réputée besogneuse et technocratique. Sur le fond, qui n’apprécierait cet appel à l’unité et à la communion nationale au milieu du drame ? Il remet les pendules à l’heure, et du baume, des idéaux au cœur de ses supporters de 2008.

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Expliquez-nous tout ça, Mr Beck

Dans ce clip si exemplaire de son gout pour les nuances, Glenn Beck, premier gagne-pain de Fox News, explique  en quelques syllogismes ébouriffants comment Barack Obama et ses adjoints de la Maison Blanche entendent supprimer 10% de la population américaine.  Cela date de juin, je crois, mais c’est comme ça tous les jours sur le câble, vraiment. Suffisant pour nourrir les pires théories du complot et les plus étranges pathologies. 

En raison des derniers évenements de Tucson, Roger Ailes, patron de la chaîne d’info, a prié ses troupes de « la fermer un peu, de baisser d’un ton. De faire valoir leurs arguments plus intellectuellement… »  Tout en criant à l’injustice, en tamisant l’internet pour trouver des abus de langage de gauche, les medias et les « talk shows » de droite accusent le coup et craignent réellement que le massacre ne contribue à des appels à la decence fort contrariants pour leurs business. Beck a du rappeler aujourd’hui qu’il « croyait ce qu’il disait ». Moi je ne crois pas ce que dit Glenn Beck…

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Our Best Friend

« Nous n’avons pas de meilleurs amis et alliés que Nicolas Sarkozy et le peuple français » assurait Barack Obama lundi dans le Bureau Ovale, en présence du Président. En langage Obamien, le propos équivalait à des effusions torrides, quand bien même la presse américaine s’empressait de rappeler que la Grande Bretagne restait ex æquo dans le cœur du Président américain.

Nicolas Sarkozy est arrivé à la Maison Blanche peu de temps après la minute de silence nationale en l’honneur des victimes du massacre de Tucson, survenu samedi dernier. Dans une capitale déboussolée, devant des medias américains obnubilés par cet apparent symptôme d’un détraquement de la culture politique américaine,  la présence d’un visiteur étranger interrompait au moins un instant la pesante introspection ambiante. Barack Obama a même eu la délicatesse de parler lui même du drame touchant la France, la mort des deux jeunes otages d’Al Qaeda au Niger, laissant à Nicolas Sarkozy l’occasion de rappeler sa détermination contre le terrorisme.

Le Président français était à Washington pour accorder ses violons politiques avec Obama, avant les sommets du G20, présidé par la France à Cannes en novembre, puis celui du G8 à Deauville au Printemps. En particulier sur les questions monétaires : Si le dollar reste, aux yeux de Sarkozy, « la devise principale », la France entends promouvoir d’autres monnaies de réserve à l’usage des pays émergeants, en particulier les Droits de Tirage Spéciaux du FMI. Par ailleurs, l’invité d’Obama n’a pas manqué de montrer, lui aussi, sa préoccupation devant la sous évaluation de la monnaie chinoise, l’objet de la fureur des syndicats américains, et thème récurrent de l’offensive pour l’emploi  de la Maison Blanche.

Au même moment, Carla et Michelle déjeunaient de leur côté, dans une relative discrétion,  en raison des tristes circonstances.

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Un massacre annoncé?

BERJAYAOui, Jared Lee Loughner est un fêlé. Et alors? L’homme de 22 ans qui, samedi matin, a tiré une balle en pleine tête de Gabrielle Giffords, membre Démocrate de la Chambre des Représentants, avant de mitrailler le public d’un petit meeting de sa circonscription de Tucson, en Arizona, tuant entre autre une enfant de 9 ans, avait perdu la raison depuis plusieurs années, selon les premiers témoignages de son entourage. Mais son geste s’explique aussi par des mois de surenchère hargneuse du débat politique.

Sarah Palin avait publié, en 2010, une carte des circonscriptions à reprendre par les Républicains et les militants du Tea Party. Dont celle de Giffords. Elles étaient ornées de mires de fusils à lunette. En Arizona, où la fureur populiste contre la réforme de l’assurance santé et l’immigration atteignait des proportions inouïes, le bureau de l’élue avait été saccagé. Elle recevait tous les jours des menaces de mort.

BERJAYAL’empressement du Tea Party à vérifier si le meurtrier avait approché leur mouvement, les condoléances maladroites, presque infantiles, de l’entourage de Sarah Palin, ne pourront faire oublier le poids de la rhétorique, ce moment où la diva populiste exhortait les militants de droite de Pima County, lieu du drame,  à… « recharger » contre l’ennemi démocrate, en mimant le levier d’un fusil à pompe. J’y étais.

Le terrible fait divers de Tucson aura des conséquences politiques. Il rappelle clairement le revirement de l’opinion en 1995 après l’attentat d’Oklahoma City commis par des miliciens fanatiques en lutte contre l’Etat Federal. Des mois de vociférations des Républicains de la toute nouvelle « Révolution conservatrice » du Congrès contre les fonctionnaires fédéraux, contre « l’oppression de l’Etat et le complot socialiste », ont nourri les cervelles extrémistes ou dérangées. Les morts d’Oklahoma city ont réveillé l’opinion, et amorcé le déclin des Républicains les plus incendiaires du Congrès. En sera t-il de même pour la mouvance du Tea Party?

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